Modern Knight – Chapitre 5

Modern Knight - Chapitre 5 dans Modern Knight uFG0wB7

Après plusieurs heures de marche, l’épéiste arriva enfin à l’entrée du village d’Atagnan au beau milieu de l’après-midi. Les souvenirs que son dernier combat avait rendu le voyage assez pénible. Il n’avait pas arrêté de se plaindre tout le long de la route concernant son mal de dos constant, ce qui, à force, gênait légèrement la pauvre Natalia. Au départ, elle se sentait compatissante en voyant son maître souffrir mais l’exagération employée par ce dernier l’agaçait peu à peu. Néanmoins, son loyal esprit préféra ne rien dire face à cela car sa mission était bien plus importante que de simples broutilles. Mais une question demeurait toujours : Où devaient-ils se rendre, à présent ? Micku avait décidé d’aller dans ce village pour éviter de retourner dans celui où il avait volé son précédent déjeuner mais ce n’était pas vraiment un endroit important pour sa quête. Il ne savait même pas quel lieu pourrait l’être non plus et ce n’était pas sa partenaire qui venait à peine de sortir de son sommeil millénaire qui allait pouvoir l’aider. Cette dernière était déjà assez perdue lorsqu’elle observait le nouveau monde autour d’elle. Lorsque les voitures passaient à côté d’eux, elle se demandait à chaque fois par quelle magie ces véhicules pouvaient rouler aussi vite. Le hérisson lui avait expliqué à plusieurs reprises que cela n’avait rien de magique et que tout cela n’était que purement mécanique. Mais, n’étant pas un expert dans le domaine, cela ne l’éclairait pas davantage.

Il dépassa le panneau d’entrée du village et fut à l’affut des quelques regards circonspects des passants de la rue principale. Il n’y faisait plus vraiment attention étant donné qu’il avait supporté une douzaine d’autres venant des quelques conducteurs qu’il avait croisés. C’était assez évident pour lui que toute cette attention soudaine venait du fait qu’une épée était accrochée à sa jambe et que cela n’avait rien de rassurant. Malgré tout, cela l’encouragea un peu plus à trouver un fourreau le plus rapidement possible, surtout que garder sa jambe droite tendue pendant les déplacements les rendait assez désagréables. Mais en ces temps modernes, en trouver un de bonne qualité n’était pas une mince affaire. Seuls les collectionneurs d’objets médiévaux qui accepteraient de se séparer de leur trésor pour un modeste prix auraient pu faire affaire avec lui. Pour Micku, tomber sur une personne respectant parfaitement cette description était impossible. De plus, il avait l’intention d’utiliser l’argent qu’il avait gagné pour passer une paisible nuit dans une chambre chauffée tout en ayant profité d’un bon repas, chose qui n’arrivait guère pour un nomade comme lui.

En arrivant au niveau d’un croissement, il vit un panneau indiquant la direction d’une auberge pouvant sans nul doute faire l’affaire. Alors qu’il allait se contenter de tourner sur sa droite pour se diriger vers le bâtiment de repos, un son fort l’interpela. Un bruit de klaxon venant d’un véhicule de police qui s’arrêta à ses côtés. Son conducteur sortit et alla auprès du jeune homme pour engager la conversation.

 

- Bonjour, mon garçon. Tu aurais cinq minutes

- Euh ouais, c’est pour quoi ? demanda Micku d’un air sceptique.

- J’ai juste plusieurs questions à te poser, donc j’aimerais que tu sois sage et que tu y répondes, d’accord ?

 

Le comportement plutôt pacifique de l’agent ne lui permettait pas de gagner la confiance du hérisson. Au contraire, il obtint l’exact opposé : une personne encore plus méfiante qu’auparavant. Mais le garçon aux yeux d’émeraude fit en sorte de ne pas le montrer davantage.

 

- Ouais, si vous voulez, répondit-il enfin.

- Je voulais savoir d’où tu venais, exactement ?

- D’où je viens ? Pourquoi vous voulez savoir ça ?

- Eh bien, pour être franc avec toi, nous avons reçu plusieurs appels nous disant qu’un garçon était perdu le long de départementale. Alors, je me suis demandé s’il s’agissait de toi.

 

Une scène revint à la tête de l’épéiste. Pendant sa longue marche, un homme d’une trentaine d’année s’était arrêté avec sa voiture pour lui proposer de le raccompagner chez lui, chose qu’il refusa de suite. Peut-être que cette personne avait appelé la police pour signaler cela, pensa-t-il. Néanmoins, il avait toujours une excuse face à ce genre de situation.

 

- Ah naan, vous vous trompez, mes parents sont pas loin d’ici. J’allais justement revenir auprès d’eux, faut pas s’inquiéter pour moi, m‘sieur.

- Ah oui ? Pourtant, tu corresponds parfaitement à la description de ce garçon. Un hybride hérisson d’environ treize ans avec une veste bleu ciel.

- J’ai pas treize, j’en ai seize, rétorqua le jeune homme, contrarié.

- Tu sais, avec ta taille, c’est possible de se tromper.

- Ça va, dites que je suis un nain avec ça…

- Je n’ai pas dit ça… Bref, il n’y a pas que ça, mon grand, ajouta-t-il en insistant sur ses derniers mots. Il y avait ceci dans la description.

 

Il montra du doigt la lame dorée qui était accroché le long de sa jambe. Même s’il aurait préféré que l’on puisse omettre ce détail, il se doutait que cela ne jouerait pas du tout en sa faveur. Fort heureusement, il avait assez laissé durer la conversation pour trouver une bonne justification.

 

- Bon d’accord, j’avoue, c’était moi. Mais, je mentais pas en disant que mes parents n’étaient pas loin, vous savez ? En fait, on transportait plein d’affaire dans notre voiture et il n’y avait plus de place pour moi. Du coup, j’ai dû faire le chemin à pied le temps qu’un ami de mon père vienne nous aider. Il a dit qu’il allait nous rejoindre en passant par ce village, justement. Alors, pour pas perdre de temps, mon père m’a dit de faire le chemin à pied.

- Je vois, je vois… Et pour l’épée, tu peux m’expliquer ?

- Ah ça ? Ah mais, faut pas paniquer ! C’est qu’une réplique d’une épée légendaire. C’est pour un futur cosplay. Et vu que je voulais pas la lâcher… Je suis trop attaché à elle, vous comprenez ?

 

La réponse du gardien de l’ordre ne fut qu’un profond silence. Il offrit également à Micku un regard perçant, ce qui le fit sourire nerveusement à cause de la gêne occasionnée. Après quelques secondes, le policier remit correctement son képi et tendit ensuite sa main vers le bleu.

 

- Tes papiers, s’il-te-plaît.

- Q-Quoi… ?

- J’aimerais avoir ta carte d’identité pour vérifier ton nom, voilà tout. Tu me la donnes ?

- Maiiis bien sûûr…

 

Bien évidemment, il n’en avait aucune vu qu’il n’avait jamais eu l’occasion de la faire. Habituellement, il trouvait toujours un moyen pour fuir ce genre de situation, souvent en utilisant ses jambes. Mais étant donné que, cette fois-ci, il allait être gêné dans sa course par sa fameuse réplique d’arme légendaire, il n’allait pas pouvoir aller bien loin. Il mit ses mains dans les poches de son jean et fit mine de ne pas réussir à mettre la main sur sa carte. L’officier s’impatienta et lui ordonna de se presser. Il continua de chercher dans sa veste mais, au fond de lui, cela ne servait plus à rien de gagner du temps comme il le faisait. C’est alors qu’une voix sortit du véhicule de fonction.

 

- À toutes les unités, nous signalons un homme armé d’une mitraillette dans le Musée du Patrimoine Amanysien, au sud-est d’Atagnan. Veuillez-vous y rendre immédiatement afin d’éviter des victimes potentielles.

- Merde… ! Bon, vas rejoindre tes parents, gamin. Et surtout, évitez cet endroit tant qu’on n’a pas calmé tout ça.

 

Sans laisser la possibilité au jeune homme de dire quoi que ce soit, il se précipita dans la voiture et partit au quart de tour tout en activant l’alarme. « Sacré coup de bol » laissa-t-il échapper de sa bouche avant de reprendre sa route tout en accélérant le pas. Il n’avait plus vraiment l’envie de rester à Atagnan une minute de plus mais il avait grandement besoin d’une bonne nuit curative. Il fit donc profil bas jusqu’à arriver à l’auberge. Le bâtiment était couvert d’un léger voile de lierre sur sa façade principale et de nombreux pots de fleur multicolores accrochés au niveau des fenêtres. Il y avait également un petit jardin à l’entrée qui faisait malheureusement tâche à côté du parking au sol déplorable où les seuls véhicules qui s’y étaient arrêtés avaient un état équivalent. Enfin, près du panneau d’accueil placé au centre du mini-square vert se trouvait une statue bovine faite de blé et qui pourrait se fondre dans un élevage quelconque.

Tout en passant à côté, il posa son regard sur l’inscription sur l’écriteau. On pouvait y lire « Le Repos du Paysan » gravé dans le bois clair. Il espérait fortement que ce thème rural n’était affiché qu’à l’extérieur car ce n’était pas quelque chose qu’il appréciait beaucoup. En entrant dans l’auberge, à la vue des nombreux tableaux, photos, sculptures, outils disposés un peu partout dans la salle, sa déception n’en fut que plus grande. Il se rendit au niveau du comptoir vide de toute présence afin d’attendre la venue du personnel. Pour calmer son impatience, il regarda rapidement les divers magazines disposés en tas en face de lui pour ensuite se retourner et faire face à la pièce qui semblait également faire salle à manger vu les très nombreuses tables installées. Après une bonne quinzaine de minutes, un moustachu arriva enfin.

 

- Bonjour, mon garçon. Que puis-je faire pour toi ?

- J’aimerais prendre une chambre pour la nuit, s’il-vous-plaît, dit-il avec un air assez mature.

- Hum d’accord… Mais, tu es tout seul ? Tu ne fais pas une fugue, quand même ?

- Je suis tout seul et je ne fais pas de fugue, non. Pas besoin d’appeler la police.

- Excuse-moi, je ne voulais pas te froisser… Donc, une chambre pour une personne… Une seule nuit ?

- Ouaip, je suis de passage. Je reste juste pour la nuit et je repars aussitôt demain matin.

- Très bien. Cela te coûtera quarante-trois modens, s’il-te-plaît.

 

Il tenta de mettre sa main dans la poche droite de son jean mais sa lame le gêna grandement. Pour se faciliter la tâche, il la détacha de sa jambe pour ensuite la poser en face du gérant, à la grande surprise de ce dernier. Sans y toucher, il l’examina de ses yeux pleins d’avidité dans tous ses moindres détails. Lorsque le hérisson trouva enfin le billet de la petite, il remarqua l’air envieux de son interlocuteur.

 

- Hé, vous faites quoi, là ?

- Oh, pardon ! lâcha-t-il avec son sursaut. Je n’ai pas pu m’empêcher d’admirer cette magnifique épée… Elle est à toi ?

- Nan, en fait, je l’ai volée à un musée.

- Q-Quoi… ?

- Je déconne, c’est bien mon épée, dit-il accompagné d’un rire moqueur. C’est la réplique d’une épée légendaire. Après, elle est quand même assez coupante donc faut faire gaffe.

- Je vois… Je suis désolé de te demander ça si soudainement mais… est-ce que je peux la regarder de plus près ?

 

La demande de l’aubergiste laissa Micku quelque peu méfiant mais il ne semblait pas voir une once d’animosité en lui. Après quelques secondes de réflexion, il accepta enfin et le grand homme prit l’arme médiévale pour l’admirer encore plus. Il toucha du bout de l’index le symbole sur le manche, les différentes pierres précieuses incrustées dans la lame et cette dernière délicatement. Sa beauté le laissa quelque peu rêveur mais il reprit rapidement ses esprits lorsque son client se racla la gorge.

 

- Et tu l’accroches à ta jambe alors qu’elle est si dangereuse ? demanda-t-il en laissant la lame là où elle était. Tu n’as pas de fourreau ?

- J’en cherche un, en fait… Après, difficile de trouver quelqu’un avec ça sous le bras…

- Hmm… Peux-tu attendre quelques minutes ? Installe-toi à une table, je reviens vite.

 

Il hocha la tête et partit s’asseoir à une chaise tout en récupérant Natalia au passage tandis que l’homme d’une cinquantaine d’années sortit de la pièce. Il ne savait pas vraiment ce qu’il comptait faire exactement mais en voyant sa réaction face à son arme, sa suspicion grandit un peu plus. C’est limite s’il ne voulait pas plutôt partir ailleurs. Après tout, il n’avait pas encore donné son argent. Lorsqu’il se leva pour se diriger vers la sortie, il tomba nez à nez avec une femme d’âge assez mûre dont les cheveux passaient du blond au blanc. Elle venait tout juste de rentrer et tenait avec elle un panier en osier rempli de nombreux légumes. En voyant le jeune homme, elle sourit et ouvrit la conversation :

 

- Eh bien, que fait un jeune garçon comme toi ici ?

- Hein ? Oh rien, j’allais juste…

- Oh, je vois. Tu es un client, très bien. Tu n’as pas encore eu ta chambre ? Mais que fait mon idiot de mari, franchement, dit-elle en riant légèrement. Je vais te donner une chambre, ne t’en fais pas.

- Merci mais, en fait…

- Je m’occupe de tout, ne t’inquiète pas.

 

Elle posa ses courses sur le bar et ouvrit son livre de compte pour se rendre que l’homme avait déjà commencé à noter ce qu’il fallait. Elle l’invita donc seulement de noter son nom sur le cahier, accompagné d’une signature. N’ayant pas pu fuir, il soupira intérieurement avant d’exécuter sa demande. Pendant qu’elle lui remit sa clé en échange de l’argent, elle lui demanda s’il souhaitait qu’elle nettoie ses vêtements lorsqu’elle vit la marque de brûlure sur son t-shirt blanc, chose qu’il accepta sans hésiter. Elle lui assura qu’elle lui donnera un pyjama dans la soirée et qu’elle fera une machine par la suite. Après ça, il retourna à sa table pendant que la vieille dame se rendit en cuisine pour ranger ses légumes.

L’attente se fit de plus en plus longue. Les minutes passaient lentement pour Micku au point qu’il avait presque envie de lire un magazine sur le monde agricole. Néanmoins, il préféra taper le bois avec ses doigts tout en tenant son visage avec sa deuxième main. Le silence laissait place peu à peu sa place au son de la pendule. Au tic que trop, il se leva pour se rendre au niveau des escaliers. Le moustachu revint à ce moment précis et l’interpela avant qu’il ne monte les marches. Il se retourna et vit avec surprise qu’il tenait un fourreau en cuir marron avec quelques lignes blanches pour décorer.

 

- Désolé d’avoir mis si longtemps, je n’arrivais pas à en trouver un qui pourrait aller avec cette épée.

- Attendez… Vous avez eu ça où ?

- On ne dirait pas comme ça mais je suis un passionné de l’époque médiévale. J’ai donc une petite collection d’objets en tout genre. Des armes, des pièces d’armures…

- Mais vous êtes pas un paysan ?

- Un paysan… ? Ah, non, c’est ma femme qui a fait la décoration de l’auberge ! En fait, elle est née dans une famille de fermier et elle tenait à montrer ses origines. Ma collection, elle, se trouve dans nos quartiers. Enfin, peux-tu me redonner ton épée ?

 

Il se rapprocha de lui et lui tendit à nouveau la lame légendaire que l’aubergiste s’empressa de mettre dans son étui. La lame entra parfaitement à l’intérieur, comme si cela avait été fabriqué spécialement pour elle. Malgré cette qualité, on pouvait remarquer que le cuir était légèrement vétuste. La peinture blanche s’était également effacée sur les bords avec le temps. L’aubergiste fut néanmoins heureux de voir que cela convenait quand même.

 

- Et voilà, un bel étui pour une belle lame ! annonça-t-il fièrement.

- Ouais… Euh, attendez… Vous voulez me le donner ?

- Aah j’aurais bien aimé pouvoir te faire plaisir mais je tiens énormément à chaque pièce de ma collection.

- Mais alors, pourquoi vous… Oh, je vois… Si j’ai assez d’argent, vous me le vendez, c’est ça ?

- Tu as tout compris. Il m’avait coûté cent modens à l’époque où je l’avais acheté. Mais, si tu le souhaites, je peux te céder contre quatre-vingt.

- C’est cool… mais j’avais juste assez pour la chambre.

- Oh, je vois… Si tu veux, tu reviendras ici une fois que tu auras l’argent, proposa-t-il en rendant l’arme d’or. Je te la donnerai au même prix.

- Ouais ouais, on va faire comme ça.

 

Micku quitta enfin le passionné pour pouvoir regagner sa chambre. Après avoir trouvé la porte numéro cinq, il tourna la clé dans la fente et découvrit son lieu de repos pour la nuit. La première chose qui frappa sa rétine, c’était le lit décoré d’une couverture remplie de pâquerettes multicolores. Les fenêtres possédaient quant à elle des rideaux châtaigne qui bloquaient à merveille les projections de l’astre solaire. Il y avait également un petit bureau de bois clair où était posé un pot dont les fleurs semblaient réelles jusqu’au moment où le hérisson toucha les pétales de l’une d’entre elles. Enfin, il remarqua également une table de nuit installée tout près de la couche, supportant une lampe et une radio. Il posa son épée contre celle-ci et s’allongea sur le matelas pour soulager son dos qui en avait grand besoin.

 

Le soir venu, après avoir fait une longue sieste et mangé son repas offert avec la chambre, Micku resta dans sa chambre pour écouter la radio. Entre temps, la femme de l’aubergiste était passée pour récupérer les affaires du hérisson et ce dernier était maintenant vêtu d’un pyjama à carreaux verts et blancs. Après ça, il avait passé une bonne partie de la soirée à réfléchir avec sa partenaire sur la prochaine destination. Natalia se rappela que, la nuit dernière, Micku avait fait le lien entre l’ancienne capitale du Royaume d’Onyra et la capitale actuelle de Modénis. Elle lui demanda alors s’il pouvait donner quelques précisions supplémentaires à ce sujet. N’étant pas sûr de pouvoir l’éclairer davantage à ce sujet, il essaya en se remémorant les vagues souvenirs des cours d’histoire que sa mère lui avait enseigné. Cette ville était autrefois une belle cité, cœur de cette monarchie déchue, dont il ne restait plus que le château à ce jour. Le hérisson ne l’avait encore jamais vu de ses propres yeux, mis à part avec quelques photos dans les livres de son enfance, mais cet endroit était maintenant devenu un lieu de tourisme important et l’un des plus grands vestiges de l’histoire de ce pays. En plus de cela, un grand musée a été construit afin de conserver de nombreux objets liés au royaume et les archives de certains documents importants.

Malgré la mémoire un peu floue de Micku, la hérissonne spirituelle avait un air à la fois intéressé et nostalgique pendant son écoute.

 

- Je pense qu’il serait judicieux de nous rendre à cet endroit, suggéra Natalia.

- Ouais… sauf qu’il y a un petit problème.

- Lequel ?

- Onyra, c’est à l’autre bout du pays. À pieds, il nous faudrait des semaines pour arriver là-bas

- Hmm, je vois… Dans ce cas, pourquoi ne pas demander à quelqu’un de nous y conduire ?

- Facile à dire… On pourrait prendre un taxi mais j’imagine pas le prix du voyage. En plus, j’aurais plus de chance d’être amené chez les flics en tant qu’ado errant que d’arriver à Onyra sans souci.

- En effet… Malheureusement, je ne vois pas d’autre alternative…

- On partira dans la direction de la capitale, décida Micku. Après, si on trouve quelque chose sur le chemin qui peut nous aider, on fera un détour. J’pense que c’est une bonne idée, ça…

- Je suis d’accord.

 

Il se redressa et s’étira tout en faisant attention à son dos. La musique jazzy qui passait à la radio commençait à le lasser peu à peu. Il tourna donc le bouton afin de changer de chaîne et avoir un son un peu plus rock’n’roll. Il se rallongea confortablement et une question lui vint à l’esprit.

 

- Mais après, on va y faire quoi, là-bas ?

- C’est à cet endroit que tout a commencé. Je pense donc que nous pourrions y trouver quelque chose qui nous permettra à l’avenir de vaincre Nécro.

- D’accord… mais, toi, tu ne suffis pas ? Genre, on trouve Nécro, je l’attaque avec toi et c’est fini, non ?

- Si cela était aussi simple, il y aurait longtemps que ton ancêtre l’aurait vaincu, Micku, lui répondit-elle avec une once de déception dans sa voix. Il faut que tu saches une chose au sujet de notre ennemi… Une information capitale, même… Il est immortel. C’est à cause de cela que l’anéantir n’est pas chose aisée.

- Génial… En gros, tu es en train de me dire que c’est déjà foutu d’avance, c’est ça ?

- Non, je garde espoir pour autant. Il existe toujours des solutions alternatives.

- Mais comment il a fait, mon ancêtre, alors ?

- La solution qu’il avait trouvée pour nous débarrasser du Sorcier Noir, ce fut de l’emprisonner dans une prison dimensionnelle grâce à l’aide d’un pendentif magique. À l’époque, nous pensions qu’il n’y aurait aucun moyen de briser le sceau… Jusqu’à aujourd’hui… Le sceau a dû se fragiliser avec le temps, je ne vois que ça.

- En gros, faudrait un autre machin magique pour l’emprisonner je-sais-pas-où encore une fois ?

- En cas de dernier recours, peut-être… Je ne pense pas que mettre en place le même plan serait une bonne chose. Nous ne ferions que de repousser l’inévitable à nouveau. De plus, il ne nous laissera jamais faire cela une seconde fois.

- Ouais, évidemment… Un gars comme ça ne peut pas être aussi con…

- Et nous avons également un autre souci… L’épée ne possède plus sa puissance d’antan. Je suis restée dans un profond sommeil pendant mille ans et la force des Runes n’est plus aussi présente. La lame est encore capable de purifier les êtres corrompus… mais je ne pense pas que cela soit le cas pour la source de leurs pouvoirs… Néanmoins, je suppose qu’il en va de même pour Nécro, ce qui nous laisse plus de temps pour trouver une solution.

 

Le jeune garçon espérait énormément que l’hypothèse de sa compagne était juste. Il était capable de vaincre les Fangers et de tenir tête face à Kira mais s’il devait combattre le Sorcier Noir, il voyait déjà l’affrontement perdu d’avance. Avant qu’il n’ait le temps d’imaginer une telle situation, il remarqua que la musique avait cessé afin de laisser place aux informations locales. Il était parti pour changer la station mais les propos de l’animateur le stoppèrent dans sa lancée. Ce dernier parlait d’une vague d’enlèvement qui aurait eu lieu au Village des Esprits, situé en plein milieu des Montagnes Brumeuses, au sud-est d’Atagnan. Les autorités du coin étaient encore incapables d’identifier clairement le ou les coupables mais ils possédaient néanmoins un indice. À chaque endroit où un individu disparaissait mystérieusement, il y avait des traces de griffe anormalement grandes. Certains villageois pensaient que cela était l’œuvre d’une créature encore inconnue mais les enquêteurs penchaient plutôt sur l’hypothèse d’un hybride aux griffes surdéveloppées.

Pour Micku, cela ne pouvait être que des Fangers. Il se tourna donc vers l’esprit et lui annonça fièrement :

 

- Bon bah, on connaît notre prochaine destination, maintenant !

 

Elle se contenta de hocher la tête puis disparut lorsque le hérisson eut l’envie de s’endormir. Il éteignit poste et lumière, se mit sous sa couette et ferma les yeux pour plusieurs heures.

Le lendemain matin, il quitta le monde des rêves un peu plus tôt que d’habitude et donc avec beaucoup de mal. Il se força néanmoins à sortir de son lit rapidement pour prendre son petit-déjeuner. En passant à côté du petit bureau, il remarqua que ses vêtements étaient posés dessus, pliés et propres. La femme de l’aubergiste les avait sans doute mis là lorsqu’il était encore endormi. Il en profita donc pour retirer son pyjama qu’il ne trouvait pas vraiment à son goût et remettre quelque chose qui lui était un peu plus confortable. Son mal de dos s’était un peu adouci mais semblait encore présent lorsqu’il se baissait pour mettre ses baskets blanches. Il fit donc bien attention et, une fois prêt, quitta sa chambre qu’il ferma à clé, laissant Natalia seule à l’intérieur et se dirigea vers l’escalier.

Lorsqu’il descendit les marches, il entendit ce qui semblait être une dispute entre les gérants et un inconnu. Il s’arrêta, se cacha légèrement et écouta attentivement la conversation.

 

- Mais puisque je vous dis que vous serez remboursé ! Veuillez-vous calmer et patienter, je vous prie ! ordonna l’aubergiste, légèrement mal à l’aise.

- HORS DE QUESTION !! hurla le client mécontent en frappant le comptoir du poing droit. Je veux mon argent MAINTENANT ! Le lit était pas assez confortable et la bouffe était dégueulasse ! Une HONTE !!

- Écoutez… Je vais vous rembourser mais je dois d’abord m’occuper d’autres cli…

 

Il n’eut le temps de finir sa phrase à cause de coup qu’il reçut dans la joue droite qui le mit violemment au sol. Sa femme, paniquée, accourut jusqu’à lui pour l’aider à se relever pendant que l’imposant hybride loup se fit encore plus insistant en tapant le bois. Micku jeta un rapide coup d’œil et remarqua le sang qui sortait d’entre les lèvres du pauvre moustachu, chose qu’il désapprouva catégoriquement. Il quitta l’escalier et interpella le canidé de la manière suivante :

 

- Hé, connard !

 

Il tourna la tête rapidement et lança un regard féroce en direction du hérisson qui le pointait du doigt. On pouvait voir les veines ressortirent au niveau de son front.

 

- Touche au vieux encore une fois et c’est moi qui vais te péter les dents !

 

La réponse qu’il reçut fut un grognement faisant trembler les aubergistes alors que le jeune garçon garda son calme. L’expression courageuse et déterminée qu’il montrait sur son visage était différente du léger sentiment de doute qu’il avait au fond de lui. La masse musculaire fit un pas et la douleur dorsale de Micku revint soudainement, le laissant échapper une nouvelle injure.

 

- M-Merde… Ouaiis bon, ça te dit de remettre ça à plus tard ?

- Q-Quoi… ? lâcha-t-il, perdu.

- Je vais juste faire une sieste de genre une heure et, après, je reviens pour te casser la gueule. On fait comme ça ? Cool.

 

Il se fit demi-tour et gravit les marches lentement pour ne pas accentuer la douleur. Le loup, énormément vexé, prit une table au niveau du pied, la souleva à une main et la jeta en utilisant toute sa force. Le meuble défonça la rembarre au passage et le hérisson bleu ciel percuta le plancher avec son dos à cause de la surprise. Pendant qu’il souffrait le martyr, son agresseur laissa ces derniers mots afin de clore ce chapitre :

 

- Tu restes ici… Valdera…

Publié dans : Modern Knight |le 28 février, 2016 |Pas de Commentaires »

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