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King of Scam – Épisode 1 : Commencement et Perception

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Dans une contrée lointaine de la vôtre, à la fois au niveau distance et temporel, se trouvait un royaume où la politique n’était jamais contestée. En fait, il était dirigé par une jeune femme qui n’était pas plus âgée que moi mais qui possédait une grande sagesse. Avant, le royaume était gouverné par une reine qui n’était connue que pour ses actions monstrueuses. Elle traitait ses sujets comme des insectes et n’avait aucune compassion pour eux. Nous vivions donc dans la misère et la peur. Puis, un jour, elle fut assassinée. Nul ne sait qui était à l’origine de cette offensive, si la personne qui voulait sa mort l’avait assassinée directement ou par le biais d’un assassin professionnel – de toute manière, tout le monde voulait sa mort – le peuple n’avait pensé qu’à une seule chose : la libération de cette tyran. C’est sa fille qui avait repris le pouvoir alors qu’elle n’était pas encore majeure. Mais sa façon de gouverner était totalement différente de celle de sa mère. Le peuple se sentait en sécurité. Mes parents surtout. Pour tout vous dire, nous n’étions que de simples paysans. Oh mais, avant de parler de ma famille, je devrais plutôt me présenter. Je me nomme Mikaeru Valdera. Je vivais avec mon père, ma mère et mon petit frère à quelques pas de la grande capitale, Onyra.

Nous vivions paisiblement depuis que la nouvelle reine était au pouvoir. Mon frère était souvent avec ma mère. Moi, je m’occupais des champs avec mon père.

En plus de cela, c’était la saison pour commencer à planter les graines. Le temps devenait de plus en plus favorable. Je n’avais que seize ans à l’époque. Je m’approchais des dix-sept d’ailleurs. Nous préparâmes la terre pour les futures plantations. À un moment, mon père s’était arrêté de travailler la terre pour me dire :

 

- Franchement, merci Mik’ de m’aider à préparer les champs pendant que ta mère est au marché avec ton frangin.

- C’est normal, Papa, lui répondis-je, si tu t’en étais occupé tout seul, tu n’aurais pas pu finir aujourd’hui.

- Mais, maintenant qu’j'y pense, tu devais pas sortir avec tes copains aujourd’hui ?

- Je sais mais, ils comprendront. Ne t’en fais pas. De toute façon, ce n’était pas vraiment important.

- Bah, si tu l’dis… Enfin, t’as raison. À deux, ça ira encore plus vite. Tiens, j’y pense, faut que je vérifie si on aura assez de graines… Continue sans moi.

- À tes ordres, lui répondis-je avec humour.

 

Il partit pour vérifier les sacs de graines qui se trouvaient sur la table de la maison. Après quelques minutes, je l’entendis se plaindre :

 

- Et merde, et merde, et MERDE !!!

- Qu’est-ce-qu’il y a ? demandai-je.

 

Je laissai mon travail de côté pour rentrer à la maison et voir ce qu’il se passait.

 

- On a pas assez de graines ! me dit-il en me montrant le paquet. Et, effectivement, il ne restait pas beaucoup de graines à l’intérieur.

- Ah ouais… On n’est pas dans la merde…

- Comment on va faire ? Il tournait en rond en réfléchissant quand il parlait. Ta mère est déjà partie au marché, putain…

- Tu sais, je peux y aller si tu veux. Tu me donnes une bourse avec suffisamment d’argent dedans et je vais te chercher un nouveau sac. Ça ne me dérange pas de faire ça.

- C’est pas ça le problème !

- C’est quoi alors ?

 

Mon père ne m’avait pas répondu. On aurait dit qu’il me cachait quelque chose. Après un long moment, il soupira et me dit :

 

- Bon, très bien… Je vais te donner un sac d’or. Mais, fais vite surtout. On a plus l’temps.

- Je vais faire au plus vite, promis.

 

Je n’avais pas très bien compris sa réaction, mais j’avais préféré ne pas poser de question. Il me donna une bourse remplie de pièces d’or et je me hâtai pour aller au marché. Sur le chemin, j’avais croisé ma mère et mon frère qui revenait eux-mêmes du marché. Je leur avais expliqué la situation et repris ma route sous peu. Onyra se trouvait à environ vingt minutes de chez nous. Je faisais toujours le trajet à pied, étant donné que nous n’avions pas de cheval. Puis, j’avais l’habitude. Je connaissais cette route par cœur à force de l’emprunter. Chaque arbre, chaque pierre, je savais où ils étaient exactement. Tout ça pour, normalement, retrouver mes amis qui habitaient dans la capitale. Je me demandai si je pouvais me permettre de prendre cinq minutes de mon temps pour aller voir mes amis Antoan et Jorudan, comme je leur avais promis. Comme ça, je pourrais en profiter pour leur expliquer mon absence, ou mon retard. J’espérais qu’ils comprendraient ma situation…

 

- T’avais promis de te pointer hier et t’es pas venu ! Tu te fous de notre gueule ?!

 

C’était Jorudan qui m’avait dit ceci dès mon entrée dans notre planque. 

 

- Excuse-moi, lui répondis-je, mais, je ne pouvais pas laisser mon père s’occuper des champs tout seul. Ce n’était pas prévu, à la base.

- Eh, une promesse, c’est une promesse j’te signale.

 

Voici Jorudan Eroy. Le plus impulsif du trio, je dirais. Il prenait souvent les décisions pour nous. Enfin, quand je dis ça, c’était surtout pour le groupe. Il proposait toujours les idées avant d’avoir nos avis. Mais, ça ne nous dérangeait pas vraiment étant donné que, la plupart du temps, il n’appliquait pas vraiment ce qu’il disait. Mais, malgré ça, il restait sympathique et serviable. Et c’était surtout un très bon ami.

 

- Allez Jorudan, c’est pas grave. Les imprévus, ça arrive à tout le monde.

 

Et lui, c’est Antoan Nils. Il était plutôt calme et posé, comme moi. Mais, par rapport à moi, il était plus du genre à vouloir s’amuser. Pas que je dis que je ne savais pas m’amuser à l’époque, mais disons que nous étions identiques, sauf que lui était plus « déconnade » et moi réflexion. Enfin, niveau force, je le surpassais quand même. Mais, pour l’ambiance, c’était lui le spécialiste.

 

- Ouais, je sais, je l’emmerde un peu avec ça, continua Jorudan.

- Evidemment, il fallait que tu le taquines avec ça, comme d’habitude. T’aime bien essayer de le faire paniquer avec ça, hein ?

- Ouaip. On peut rien te cacher. Ça me rappelle le jour où je t’avais fait flipper à mort parce que je t’avais dit que Mik’ te cherchait partout et que c’était ultra urgent alors que non.

- Ouais… J’avais vraiment eu honte ce jour-là… Merci de me rappeler un moment d’humiliation de ma vie…

- Ça sert à ça les amis ! À te rappeler les moments les plus drôles de ta vie !

- Drôle pour toi… Moi, j’ai eu super honte devant Mikae–

 

Antoan n’eut le temps de finir sa phrase étant donné qu’une poutre qui soutenait un peu le plafond de l’étage supérieur tomba. Moi et Antoan avions sursauté, mais pas Jorudan. Il se contenta de dire :

 

- Eh bah, ça devient de plus en plus pourri au-dessus… Heureusement qu’on a sécurisé là où on est, sinon, on serait déjà des crêpes.

- Tu as vraiment le don pour rassurer, Jorudan… lui ai-je dit.

 

Effectivement, l’endroit où se trouvait notre planque était en fait un vieux bâtiment abandonné depuis environ une bonne cinquantaine d’années, car il commençait à s’effondrer peu à peu. Du coup, pour discuter, nous nous installions ici. Nous évitions juste de monter à l’étage pour ne pas aggraver le cas de cette structure. Après tout, nous avions un espace tranquille, loin des gangs que l’on pouvait trouver un peu partout dans la ville. Certes, il n’y en avait pas énormément mais, tout de même. Moi, Antoan et Jorudan, même si nous étions assez forts pour pouvoir nous défendre, nous ne faisions pas le poids face à une bande de voyous. Après tout, nous n’étions que trois.

 

- Mais, vu que tu devais aider ton père, pourquoi t’es là ? me demanda Anty

- Nous n’avons pas assez de graines pour pouvoir finir dans les temps. Je suis donc parti en acheter. Et, je me suis dit que je pouvais peut-être vous rendre une petite visite, voilà tout. Histoire de vous prévenir.

- Ah, ok, c’est sympa de ta part. Si tu veux, on peut t’accompagner jusqu’au moment où tu rentreras chez toi. T’en dis quoi, Jo’ ?

- Bah ! Toute façon, on avait rien à faire donc, ouais.

- Oh, vous n’êtes pas obligés de m’accompagner. Je ne fais qu’un rapide aller-retour, vous savez.

- Ça ne nous dérange pas, t’inquiète. Allez, on y va ou pas ?

 

Au final, ils étaient venus avec moi. Nous nous dirigeâmes donc vers le marché tous ensemble afin d’acheter les graines manquantes. Il se trouvait dans le Quartier de la Grande Place. On pouvait trouver différentes sortes de marchandises. Textiles, vivres, outils, et j’en passe. Par contre, les ventes d’esclaves ou de services tels que les demandes d’assassinats ou mercenaires ont été interdites à Onyra. Mais, il était encore possible de les trouver dans certains coins malfamés de la capitale. La Milice Royale fouillait énormément les rues de la ville pour retrouver les personnes qui s’opposaient à cette loi mise en place par la nouvelle reine. En arrivant au marché, nous entendions de suite les marchands crier pour faire vendre leurs produits. Je pouvais remarquer par moment Jorudan qui admirait les armes exposées par certains stands. Lui qui affectionnait ce domaine particulièrement. Nous passions quelques fois à côté de quelques groupes de filles de notre âge. À force d’en croiser, Jorudan s’exclama :

 

- Putain, je veux une meuf…

- Ah, tu dis ça comme ça, toi ? Sans retenue ? lui demanda Antoan.

- Écoute, au bout d’un moment, moi, j’craque. La vie de célib’, c’est cool un moment mais, à force, ça soûle d’être seul.

- Mais, t’es pas seul. On est là, nous.

- Tu veux m’en rouler une, p’têt ?

 

Cette réflexion me donna soudainement un fou rire d’une dizaine de seconde. Après avoir légèrement récupéré, je leur dis, tout en nettoyant mes yeux des larmes de rire :

 

- Oh là là, les mecs… Vous êtes vraiment incroyables tous les deux, ah ah…

- Enfin, j’dois avouer que t’as raison, Jo’. La vie de couple me tente bien… Peut-être que j’devrais y réfléchir…

- On chassera la gonzesse ensemble, si vous voulez.

- Désolé, leur dis-je suite à sa proposition, mais, ça sera sans moi cette fois.

- Hein ?! Mais, pourquoi ?! T’es pas frustré toi ?!

- Pas vraiment. Pour le moment, ça ne m’intéresse pas. De plus, j’aimerais rencontrer le grand amour par hasard, et non en cherchant. J’espère que vous me comprendrez…

 

Antoan posa sa main sur mon épaule.

- T’inquiète, je te comprends. Et, tu m’as convaincu. J’attendrais moi aussi.

- Bah putain, j’vous comprendrais jamais sur ce coup-là. Tant pis, je chercherai tout seul.

- Fais comme bon te semble…

 

Nous arrivâmes enfin au niveau du stand où je pouvais obtenir les fameuses graines.

 

- Bonjour, monsieur.

- Ah, bonjour messieurs ! Que puis-je faire pour vous ?

- J’aimerais vous acheter un lot de chaque graine que vous avez. Il me faudrait le tout dans un gros sac, si possible.

- Oh, bien sûr, ça peut se faire. Attends environ cinq-dix minutes, d’accord ?

- C’est parfait alors. Je vous attends.

 

Quelques minutes plus tard, il revint avec un gros sac rempli de graines en tout genre. D’ailleurs, c’était comme ça que mon père faisait la plupart du temps. Pour ses plantations, il préférait jouer avec le hasard en mélangeant toutes les graines. Même si ce n’était pas pratique, il disait qu’il aimait agir de cette manière, comme ça, il travaillait tout en s’amusant en voyant le résultat qu’il obtenait.

 

- Et voilà, ça te fera deux cents cinquante pièces d’or !

- Normalement, ça devrait être bon, lui affirmai-je en lui donnant la bourse de mon père.

- Bah, on va compter ça, attends.

 

Il sortit les pièces de la bourse et commença à les compter. J’espérai vraiment que mon père m’avait donné assez d’argent pour ce foutu sac…

 

- Aïe aïe aïe… T’as pas assez, petit. Il n’y a que deux cents pièces d’or dans ta bourse…

 

Je me dis que c’était vraiment fichu pour les champs… Mon père allait sans doute encore hurler de colère à cause de ça. Dans le doute, je demandai à mes amis :

 

- Vous n’auriez pas de quoi m’aider vous deux ?

- J’ai mis tout mon fric dans une épée de décoration chez mes parents, me répondit Jorudan.

- Je n’ai rien non plus… Désolé Mikaeru…

- Attends, tu t’appelles Mikaeru ?

 

La demande de ce marchand m’avait quelque peu surpris. Je me demandai pourquoi une telle question.

 

- Euh, oui… Pourquoi cette question ?

- Mikaeru Valdera ? Le fils de Riscas Valdera, c’est bien ça ?

- C’est bien ça. Mais…

 

Je ne comprenais toujours pas ce qui se passait. Pourquoi cette question subitement ? Cet homme connaissait-il mon père ? Il me demanda de m’approcher et me dit avec une voix assez basse :

 

- Écoute, pour toi, ça suffira. Je vais te faire une petite ristourne. Mais, surtout, ne dis rien à personne. Que ceci reste entre toi, moi et tes amis, c’est d’accord ?

- Euh… D’accord… ?

 

Il reprit une voix forte.

 

- Alors, marché conclu ! Le sac est pour toi, mon petit. Tu pourras l’amener tout seul avec toi ?

- Bah, on est là pour lui filer un coup d’main, au pire ! assura Jorudan avec fierté.

- Dans ce cas, parfait ! Vous n’aurez qu’à vous échanger le sac en chemin. Allez, passez une bonne fin de journée tous les trois !

- Merci, vous aussi…

 

Cet arrangement ne me rassura pas du tout. Je n’avais rien demandé et il avait suffi que cet homme connaisse mon père pour me faire une réduction. Je n’arrêtai pas de me poser des questions sur le chemin du retour pendant que Jorudan et Antoan s’échangeaient le sac. Ce dernier le remarqua d’ailleurs.

 

- Qu’est-ce-que t’as ? T’es silencieux depuis qu’on est partis.

- Je n’arrête de repenser à cet… arrangement. Je ne sais pas, je n’ai pourtant rien demandé et… il m’a quand même fait une réduction.

- Bah, et alors ? C’est pas comme si c’était grave. Ça t’arrange même.

- Oui, je ne dis pas le contraire mais… Je me tournai vers lui. Ne trouves-tu pas ça étrange qu’il me fasse une réduction juste après qu’il comprenne que je suis le fils de Riscas Valdera ? De plus, il m’a demandé de venir près de lui, comme s’il ne voulait pas que ça se sache. Il a même rajouté que nous devions ne pas en parler à qui que ce soit. Je trouve ça vraiment bizarre, moi.

- Hmm… Je sais pas…

- Bah, p’têt qu’il connait bien ton père, proposa Jorudan. C’est p’têt un vieux pote à lui qui savait qu’il t’avait eu.

- Mais alors, pourquoi je ne l’ai jamais connu ?

- Bah, p’têt qu’il était parti y’a longtemps quand t’étais gosse et qu’il est revenu.

- … Peut-être…

- Arrête de paniquer et estime-toi heureux d’avoir eu ce putain de sac de graines !

- Pourquoi ? Tu le trouves lourd, toi ? demanda Antoan. Perso, j’le trouve léger.

- Tu penses être plus fort que moi ?!

- J’ai pas dit ça… Même si je le pense très fort.

- Ouuuais… On s’occupera de ça après avoir aidé Mik’ !

- Comme tu voudras… Même si je pense que je gagnerai quand même.

- On verra ça !

 

Leur petite brouille me fit sourire. C’est vrai que je n’avais pas besoin de m’inquiéter. Ce n’était sans doute pas important. Après tout, Jorudan avait raison : c’était peut-être une vieille connaissance de mon père et il m’avait fait un prix d’ami, car j’étais son fils. Et peut-être qu’il ne voulait pas que cela s’ébruite pour ne pas montrer qu’il faisait des réductions à n’importe qui. Ce scénario me paraissait plausible. En tout cas, j’avais les graines et c’était le plus important. Lorsque nous arrivâmes à la sortie de la ville, je repris le sac pour continuer le chemin tout seul.

 

- T’es sûr que tu pourras transporter ça tout seul jusqu’à chez toi ? Vu la distance, ça va te détruire le dos quand même.

- Ne t’inquiète pas pour moi. J’ai déjà porté pire que ça avec mon père. Donc, ça ne me fait pas peur. Et puis, vous m’avez déjà assez aidé tous les deux.

- Toi qui vois, vieux. Toute façon, on avait quelque chose de prévu Anty et moi.

- Ah oui, tu devais prendre ta raclée, c’est vrai.

- Mais ouais, on verra ça.

- Ah ah… Allez, salut, les gars. Et merci encore.

 

Je repris donc la route du retour seul, tout en portant le sac sur mon épaule droite. Malgré son poids, je n’avais eu aucun souci pour rentrer chez moi. En arrivant au niveau de la maison, je remarquai deux personnes discuter au loin. J’avais reconnu mon père à gauche, mais je ne savais pas qui était son interlocuteur. Il ressemblait à une personne de la haute société, le genre de personne qui pourrait s’occuper de choses très importantes, comme un groupe de personne pour construire un bâtiment. Mais pourquoi une personne de la haute viendrait parler avec mon père ? Je me cachai derrière le mur de la maison pour écouter leur conversation.

 

- Comment ça, vous n’avez pas l’argent ?! hurla l’inconnu.

- Je suis désolé, monsieur de Parsal, répondit mon père, intimidé, mais, nous avons utilisé le reste de notre argent pour acheter des nouvelles graines pour les champs… Mais, je vous promets de vous donner la moitié des gains quand les légumes et les fruits auront mûris…

- Et je dois attendre combien de temps pour cela ?! Des mois ?! Oh, non, vous n’aurez jamais le temps de payer, Valdera, je vous le dis !

- J-Je suis vraiment désolé, monsieur de Parsal…

 

Ce que je venais de voir m’avait choqué. Je n’avais jamais envisagé cette chose possible. Mon père, à genoux devant cet homme, en train de le supplier, les larmes aux yeux.

 

- J-J’ai une famille à nourrir… J’ai ma femme et mes deux enfants… Je… Je ne veux pas qu’ils se retrouvent sans rien… Laissez-moi une chance, je vous en supplie… Laissez-nous encore nos terres le temps de vous payer…

 

Voilà donc pourquoi mon père était hésitant tout à l’heure à l’idée de me donner de l’argent. Voilà aussi pourquoi le vendeur de tout à l’heure m’avait fait ce petit marché. Cet homme possédait nos terres. Mais, depuis quand ? Pourtant, je croyais que nos terres étaient à nous, pas à un propriétaire. Je ne comprenais plus rien à la situation. Monsieur de Parsal, comme je l’avais entendu, habillé de façon très chic, pointa mon père avec le bout arrondi de sa canne :

 

- Très bien, Valdera… Je vous laisse une chance.

- C’est vrai ?! Oh, merci, monsieur !

 

Il se retourna et avança de quelques pas avant de rajouter quelque chose :

 

- Je vous laisse trois jours. Vous avez soixante-douze heures pour trouver l’argent que vous me devez.

- T-Trois jours ?! M-Mais, ce n’est pas suffisant pour…

- Assez, Valdera ! C’est votre seule et unique chance. Vous n’aurez rien de plus. Sur ce, je me retire. Ayez l’argent nécessaire quand je reviendrai.

 

Le noble se dirigea dans ma direction tandis que mon père rentrait chez nous. Lorsqu’il arriva à mon niveau, nos regards se sont croisés. Lui avait un regard indifférent à mon égard. Moi, on pouvait lire de la colère pour lui. Mais, il continua sa route en me disant :

 

- Et toi, rapporte ton sac. Et, coupe moi ces cheveux. Je déteste les hommes aux cheveux longs, ça fait vandale.

 

En le voyant partir, je ne voulais qu’une seule chose : poser mon sac et le rattraper pour lui coller une droite. Mais, ça n’aurait fait qu’empirer les choses pour nous, de toute façon. Au lieu de ça, je rentrai chez moi. Mon père n’était pas dans la salle à manger, la pièce principale de la maison. En fait, il n’y avait que mon frère, Anfuni, assis devant la table. Je posai le sac à côté de l’entrée et allai lui parler :

 

- Où est Papa ?

- Il est dans sa chambre avec Maman. Il avait l’air super triste…

- Merde… Et Maman ?

- Super inquiète.

- Inquiète ?

 

Cette dernière sortit de sa chambre. Seule. Elle remit ses longs cheveux roux en ordre et alla vers moi pour me parler.

 

- Oh, Mikaeru ! Tu as ramené les graines ?

- Maman, qu’est-ce-qui se passe ?! Qui était cet homme ?! Pourquoi Papa avait l’air si désespéré ?! lui demandai-je, affolé.

- Tu as tout vu, n’est-ce-pas… ?

 

Elle m’amena dehors pour pouvoir m’expliquer la situation. Après un long silence, je fis le premier pas :

 

- Qui était donc cet homme ?

- Phylias de Parsal. C’est un noble qui vient d’une contrée lointaine et il a décidé de s’installer ici il y a fort longtemps. Et, avec son argent, il a racheté la plupart des terres de la région. Depuis, il fait ce que bon lui semble… Il taxe ceux qui vivent dans ses terres, comme le ferait un propriétaire. Sauf qu’il annonce de grosses taxes. Ce qui fait que les locataires de ses terres perdent plus d’argent qu’ils n’en gagnent en vendant leurs récoltes… jusqu’à arriver au stade critique où ils ne peuvent plus payer… Et si nous ne payons pas Phylias… Il fera en sorte de détruire tout ce que nous possédons. Maison. Culture. Tout.

- Mais, c’est affreux ! Comment la Reine peut-elle tolérer ce genre de méthode ?!

- Elle n’est pas au courant de ce que Phylias fait, Mikaeru… Il est apparu lorsque la Tyran était encore au pouvoir… Et quand il doit faire une action musclée, il parvient à être innocenter avec son influence et, surtout, son argent.

- Oh… Je vois… Et, nous sommes au stade critique, n’est-ce-pas ?

- Voilà… Il nous a donné trois jours de plus… Mais, ce n’est pas suffisant pour lui donner ce que nous lui devons…

- Mais, il doit bien avoir une solution, non ? Après tout, il y a toujours une solution !

- Il n’y en a pas, cette fois-ci, mon cœur… me dit-elle, d’un ton attristé. La seule chose qui pourrait nous sauver… c’est un miracle…

- Maman…

 

Je ne savais plus quoi dire. La situation paraissait beaucoup trop critique pour que nous puissions faire quelque chose. D’après ce que m’avait raconté ma mère, nous devions un sacré somme à cet homme. Et il serait très difficile, voire impossible de réunir cette somme dans les temps. Ne sachant plus quoi dire, je lui demandai :

 

- Qu’allons-nous faire… ?

- Je ne sais pas, Mikaeru… Je ne sais pas…

 

Après un long silence, elle se tourna vers moi. Elle avait un visage qui donnait l’impression d’une profonde tristesse. La voir dans cet état me fit mal au cœur. Elle m’ordonna poliment :

 

- Mon chéri, prends ton frère avec toi et allez vous promener un peu plus loin de la maison. Tu peux aller voir tes amis avec lui, si tu veux. Pendant ce temps, je m’occuperai de ton père. Il a besoin de soutien… de mon soutien.

- Mais, et toi ? Qui va te soutenir ?

- Ton père me soutiendra… On se soutient mutuellement, après tout… Depuis le jour de notre rencontre…

 

Elle avait les larmes aux yeux quand elle disait ça. Moi aussi, je voulais laisser les larmes coulées, mais, je n’avais pas le temps de faire ça. Je devais rester fort. Pour elle.

 

- D’accord, Maman. Je vais retourner auprès de Jorudan et d’Antoan avec Anfuni. Nous reviendrons lorsque le soleil commencera de se coucher.

- Très bien… Allez-y…

 

Je partis donc chercher mon frère pour l’amener à Onyra avec moi. Après qu’elle nous ait dit de faire attention à nous, nous nous dirigeâmes vers la capitale. Anfuni n’avait pas arrêté de me poser des questions sur la situation actuelle. Je ne pouvais pas lui mentir longtemps encore. Je lui avais donc tout expliqué pendant le trajet. Une fois arrivé à la planque, je recommençai mes explications mais, cette fois, pour Antoan et Jorudan. La nouvelle les choqua autant qu’elle m’avait choqué quand j’avais vu la scène avec ce de Parsal. Jorudan, pris de rage, hurla :

 

- Oh putain, si je le trouve ce mec, je l’égorge, je l’explose, je l’écrase, je l’aplatis, je…

- Je pense qu’on a compris, Jo’, annonça Antoan en coupant notre ami dans son élan verbal. Bah putain, Mik’, je pensais pas que ta famille était dans une telle situation…

- Je ne le pensais pas moi non plus, avant de voir ce que j’ai vu… Dire qu’ils m’avaient caché ça depuis tout ce temps…

- Ils ne voulaient sans doute pas que tu t’inquiètes avec ça… Enfin, surtout pour ton frère en fait.

 

Ce dernier était en train de jouer avec Perceval, un chat tigré marron et noir qui avait élu notre planque pour domicile. C’était Anty qui lui avait donné ce nom-là, et mon frère adorait particulièrement ce félin.

 

- Ouais, sans doute… N’empêche que, maintenant, on est dans la merde jusqu’au cou… À moins de trouver l’argent nécessaire, ce qui me parait impossible…

- Si je pouvais te donner de l’argent, je serais le premier à le faire, crois-moi. Mais là…

- Je sais, t’en fais pas pour ça, je ne t’en veux pas.

- Mais, y’a forcément une solution. J’en suis sûr. Faut pas perdre espoir, Mik’. Même si ta mère a presque abandonné, nous, on doit y croire et trouver une solution.

- J’y crois encore, mais… Que peut-on faire à votre avis ?

 

Ma question apporta uniquement un silence accompagnée de réflexion venant de chacun de nous trois. Je ne trouvais rien de mon côté et, visiblement, Antoan non plus. Jorudan, lui, cherchait en regardant autour de lui. À un moment, sa vision resta en direction de mon frère et de Perceval. Ce dernier jouait avec une ficelle qu’Anfuni tenait au-dessus de lui. Au bout d’un moment, il l’attrapa et la garda pour lui, même si mon frère essayait de la récupérer, tant bien que mal. En voyant ça, Jo’ se leva subitement pour s’écrier :

 

- Je sais !!

 

Sa réaction nous avait surpris d’ailleurs.

 

- Il faut que tu voles, Mik’ !

- … Que je quoi ?

- On voit tous les trois attendre le mec des impôts et on l’attaque pour piquer le fric qu’il y a dans son coffre !!

- Attends, t’es sérieux là ? demanda Antoan.

- Vous voyez une autre solution pour sauver Mik’ de cette merde ?

- Non, mais…

- Et bin, voilà !! C’est la seule solution !!

- Je… Je ne pense pas que ce soit vraiment la seule et unique solution, Jorudan, lui dis-je avec sincérité.

- T’as une autre idée p’têt, toi ?

- Non, mais, la tienne me parait beaucoup trop radicale pour être celle à prendre en priorité. De plus, je n’ai pas envie de devenir un voyou ou un escroc en faisant ça.

- Un escroc… Mais oui, voilà !! s’exclama Anty.

- Ne me dis que tu es maintenant d’accord avec lui…

- Non, pas du tout mais, le principe d’escroquer n’est pas une si mauvaise idée en tout cas.

- Comment ça ? Je ne te suis pas, là…

- Si on vole de l’argent et qu’on l’utilise pour payer la dette de tes parents, en quelques sortes, on escroque ce « de Parsal », on est bien d’accord ?

- Eh bien… Oui, je ne vois pas ce que ça peut-être d’autre…

- On peut toujours l’escroquer sans pour autant voler quelque chose.

- … Tu as donc trouvé quelque chose ? lui demandai-je, en souriant légèrement sur le côté.

- Peut-être, oui. En fait, il faudrait trouver un moyen pour que de Parsal abandonne l’idée de te taxer. Et le seul moyen d’y parvenir… c’est l’escroquerie… Enfin, je pense. Je vois pas d’autres solutions.

- … Ou alors… Obtenir sa parole comme quoi il ne taxerait plus personne…

- C’est un peu gros quand même…

- Mais pas impossible. Il faut juste trouver comment y arriver.

- Vous savez ce qu’aiment les nobles ? nous questionna Jorudan. Les jeux.

- Les jeux ?

- Yep. Jeux de cartes, paris, tout le bordel… Les nobles se réunissent souvent pendant des soirées pour s’amuser entre eux. Jusqu’à pas d’heure parfois.

- Où veux-tu en venir, Jo’ ?

- Bah ! Je sais qu’ils font une soirée chaque samedi. Et là, on est Vendredi. Suffit de savoir si ce con participera à la soirée de demain, on s’infiltre, on le défie et on gagne !

- Hmm… L’idée me parait bonne… mais, je ne sais jouer à aucun jeu de ce genre.

- J’peux t’apprendre à jouer au Jeu du Bluffeur. C’est classique comme jeu chez eux.

- T’as bien l’air de connaître leurs habitudes, je trouve… dit Antoan.

- Oh bah, à force de les espionner…

- Ah, ok, tu les espionnes, je savais pas…

- Enfin bref ! Mikaeru, tu restes avec moi, ce soir ! Je vais t’apprendre à jouer, même si ça doit nous prendre toute la nuit !

- Je veux bien… mais, mon frère ?

- Antoan, tu ramènes le gosse chez lui.

- Oui, capitaine. Et, je fais comment pour expliquer l’absence de Mik’ ?

- Tu te démerdes. T’as qu’à dire qu’il dort chez moi.

- À tes ordres, chef.

 

Il se leva pour ramener mon frère à la maison et expliquer, à sa manière, pourquoi je ne pouvais pas être là-bas ce soir. Toute la nuit, Jorudan m’enseigna les règles et les tactiques du Jeu du Bluffeur. Enfin, toute la nuit… Je dois admettre que je me suis endormi à un moment. Mais il m’avait laissé dormir, sans doute en pensant que j’en avais assez fait pour la nuit.

Le lendemain, alors que le soleil commençait à être à son stade le plus haut, Antoan entra soudainement en criant, ce qui me réveilla avec un sursaut :

 

 

- Les mecs ! Il y sera !

- Hein ? Qui sera où ? demanda Jorudan, plus en forme que moi étant donné qu’il était déjà réveillé.

- De Parsal ! Il sera à la soirée de ce soir !

- Ah ouais ? Comment tu sais ça ?

- Je l’ai vu ! Et il en a parlé !

 

Il nous raconta la scène comme elle s’était passée. Il avançait tranquillement en direction de la planque, en passant par le marché du quartier bourgeois. En passant à côté d’un magasin de chapeau en tout genre, il entendit :

 

- Ce chapeau est parfait ! J’ai bien fait de l’acheter.

- Oui, sieur de Parsal.

 

En attendant ce nom, il s’arrêta net, surpris, et écouta la conversation.

 

- Je le mettrais pour la soirée de ce soir.

- D’ailleurs, où doit se passer cette fameuse soirée ?

- À la Salle de Jeu Amalis. Elle se trouve au nord du château. Vous comptiez venir, cher ami ?

- Oui, ma femme voulait sortir ces derniers temps. Je me suis dit que l’occasion était parfaite pour y aller. Nous viendrons chez vous avant de partir, êtes-vous d’accord pour cela ?

- Il n’y a aucun problème, voyons ! Vous êtes toujours le bienvenu chez moi !

 

Je commençais à me réveiller peu à peu, après avoir baillé plusieurs fois pendant son histoire. Ce cours de bluffeur m’avait complètement vidé de mes forces. Une fois pleinement réveillé :

- Amalis, hein… C’est donc là-bas que je dois me rendre ce soir.

- Le problème, c’est que je connais le coin. Tu pourras sans doute pas rentrer sans invitation.

- Sans doute. En plus de ça, il m’a déjà vu. S’il me voit, il demandera directement de me faire sortir.

- Pas de soucis, les mecs. J’ai tout prévu.

- Comment ça, Jo’ ?

 

Il posa un sac sur la table où on faisait nos parties de cartes. Je l’ouvris et y sortis des vêtements et un masque. Ce dernier était un masque qu’on pouvait porter pour les festivals. Il ne cachait que les yeux et le nez.

- Mais… comment tu as eu ça ?

- Les fringues sont à moi. Il a vu les tiens, pas les miens. Donc, ça devrait passer. Pour le masque, j’l'avais trouvé un jour par terre. J’me suis dit que ça pouvait servir un jour. Bah, ce jour, c’est aujourd’hui.

- Cool ! s’exclama Anty. Tu vas pouvoir y aller sans être reconnu maintenant !

- Oui, enfin… Le souci, c’est que je ne peux pas cacher ma coiffure. Il l’a vu… en faisant un commentaire désagréable dessus.

- Bah, pour la longueur, tu peux toujours t’arranger en les cachant dans ton haut. Sinon, pour la tête, je peux te trouver un chapeau de mon père. Tu sais qu’il vend des vêtements, donc…

- Merci, Anty. Et merci à toi aussi Jo’. Vous êtes géniaux.

- C’toi qu’est génial, mec.

- Maintenant, si vous le voulez bien, j’aimerais rattraper ma nuit.

 

Après ses paroles, je m’étais automatiquement allongé sur le sol et m’endormis aussi tôt. Une fois le soir venu, nous étions déjà devant la fameuse salle de jeu, cachés dans une ruelle. Plusieurs personnes de haut rang arrivaient et entraient dans le bâtiment. Nous aurions pu y entrer également, mais l’entrée était gardée par un homme assez costaud et grand. Je pensais que, si je devais faire face à cet homme, je ne tiendrais même pas trois secondes. Je portais déjà mon déguisement sur moi. Antoan et Jorudan, contrairement à moi, vivaient dans la ville. Ils avaient donc accès à des vêtements beaucoup « élégants » par rapport aux miens. Je portais donc des vêtements moins abimés et un long chapeau avec deux plumes dessus, l’une rose et l’autre bleu ciel. Avec l’astuce d’Anty, j’ai pu réussir à cacher la longueur de mes cheveux. On aurait dit que ma coiffure ne m’arrivait qu’aux omoplates. D’habitude, mes cheveux se terminaient au bas de mon dos. Je pensais donc être méconnaissable. D’ailleurs, une fois que j’avais testé mon déguisement devant mes amis, ils m’avaient dit que je n’étais pas Mikaeru Valdera comme ça.

Le gardien n’avait pas l’air de vouloir quitter sa place. Si j’avais une invitation, cela aurait été plus facile de me joindre à la fête. Jorudan s’exclama, tout en restant discret en baissant le volume de sa voix :

- Putain ! Il peut pas se barrer, ce con ?!

- En même temps, pour une soirée entre nobles, c’était évident que ça serait pas si facile que ça…répondit Antoan.

- Ouais, mais merde ! Comment on va faire pour rentrer, nous ?!

- L’important, c’est que Mik’ puisse rentrer, non ?

- Où veux-tu en venir, Anty ? lui demandai-je.

- On va faire en sorte que tu puisses rentrer. On va distraire le mec pour qu’il quitte son poste et que tu puisses passer.

- T’en fais pas pour nous, on se démerdera.

- De quoi ? Mais, j’ai besoin de vous pour ça ! Je ne peux pas me débrouiller seul sur ce coup !

- Je suis sûr que si. Puis, tu as déjà eu notre aide, d’une certaine façon. Maintenant, à toi d’utiliser ce que tu as obtenu de notre part.

- Je… Merci.

- Jo’, t’es prêt ?

- Et comment !

 

Il y avait un petit tas de brique à côté de nous. Jorudan prit l’une d’entre elles, sortit de la ruelle avec Antoan et lança son projectile directement dans la tête du gardien. Cela ne l’assomma pas, mais il se tourna directement vers eux. Ils commencèrent à fuir à toutes jambes et il les poursuivit à la même vitesse en leur hurlant des noms d’oiseaux de toutes les sortes dessus. Une fois qu’il fut assez loin de l’entrée, je mis mon masque sur mon visage et me dépêchai pour me joindre à la partie.
La salle de jeu était, comme on pouvait l’entendre depuis l’extérieur, assez animée. Il y avait du monde de rangs hauts placés un peu partout. Je pouvais voir quelques personnes discuter et rire tout en buvant quelques verres de vin. D’autres jouaient entre eux. Jeux de cartes, jeux de dés, je voyais beaucoup de styles de jeu différents. Je les voyais même parier des choses. De l’argent en priorité. Je me disais que cela devait, en quelques sortes, pimenter le jeu. Parfois, je remarquais que certains me regardaient bizarrement. Comme si je n’étais pas le bienvenue ici. En même temps, leurs tenues étaient plus raffinées que la mienne. Je devais faire contraste devant eux. Je cherchai de Parsal du coup d’œil, mais, je ne le trouvai pas. Je me demandai s’il était vraiment venu à cette soirée. Peut-être que ce stratagème n’aura finalement servi à rien. Cette pensée devint de plus en plus une réalité pour moi à force de rester à cette soirée. Au moment où j’allais laisser tomber, j’entendis une voix familière :

 

- Ah ah ah ! Et me voilà propriétaire de vos terres, très cher !!

 

Cette voix… c’était Phylias de Parsal ! Il était là ! Je me dépêchai de le rejoindre en suivant cette source. Je l’avais trouvé. Il était devant une table, en face d’une autre personne, montrant fièrement sa main. Je veux dire par là qu’il était en train de jouer aux cartes. Et visiblement, il venait de gagner. L’homme en face de lui rétorqua :

 

- Je ne peux pas accepter cette défaite, de Parsal ! Vous avez triché, je le sais !

- Allons, cher ami, ne sortez pas de telles accusations… Admettez votre défaite.

- Jamais ! Vous avez triché et je vous ferais payer ce que vous venez de faire !

 

C’était l’occasion ou jamais d’intervenir et de défier cet homme ! Je m’étais avancé jusqu’à son niveau, à côté du perdant, et lui adressa la parole, tout en changeant légèrement ma voix pour lui donner un ton plus grave :

 

- Te voilà enfin, Phylias de Parsal.

- Hmm ? Et, qui es-tu, au juste ? Je ne me souviens pas t’avoir rencontré un jour en tout cas.

 

Le déguisement était parfait ! Il ne me reconnaissait même pas ! C’était ma chance, et je ne devais pas la laisser filer !

 

- Mon nom n’a aucune importance. Considère-moi comme une sorte… de justicier.

- Un justicier ?

- Un justicier qui œuvre aux noms des braves qui sont malheureusement les victimes des stratagèmes des êtres malveillants comme vous pouvez l’être.

- Serait-ce une blague ? Vous faites partie d’un spectacle comique, c’est cela ? Je pense vraiment que oui, en vue de cet accoutrement ridicule.

 

Tout le monde rit autour de nous. Tout le monde, sauf le perdant de la partie précédente et un autre homme qui se trouvait derrière de Parsal, au loin. Je ne pouvais pas distinguer son visage là où j’étais.

 

- Allez, déguerpis, je n’ai pas le temps de jouer à ce petit jeu.

- Pourtant, tu as le temps pour jouer au tricheur avec des cartes.

- Je ne supporterai pas de telles accusations une fois de plus… Continuez et je demande votre sortie immédiate sur-le-champ.

- Très bonne idée… Réglons ça sur le champ de bataille dont tu es le maître.

- Développez.

- Toi. Moi. Une partie décisive. Bluffeur. Bien sûr, chacun devra parier quelque chose. Histoire de pimenter ce duel.

- Oh oh oh… Pensez-vous me battre si facilement ? Je n’ai jamais perdu, sachez-le. Le bluff est une qualité chez moi.

- Dans ce cas, commençons les paris…

 

Je pris place en face de lui pour discuter des récompenses. Il me proposa :

 

- Étant donné que j’ai bon cœur, je ne vous demanderais pas quelque chose d’énorme. En fait, si. J’aimerais obtenir votre chapeau si vous perdez cette partie.

- Tu voudrais donc un chapeau ? Un chapeau énorme, de surcroît.

- Cette proposition vous semble honnête ?

- Je n’ai pas encore fait ma demande, que je sache.

- Faites donc, pauvre fou.

- Si tu perds, je voudrais… que tu quittes ce royaume pour toujours en libérant les terres que tu possèdes et en les redonnant à leur propriétaire légitime.

 

Cette demande surprit tout le monde. Ils ne pensaient pas que je proposerais quelque chose d’aussi gros. Après tout, cette demande pouvait être celle d’un fou, même si j’avais déjà obtenu ce rôle en me faisant remarquer dès le début. De Parsal s’offusqua immédiatement :

 

- Je refuse ! Je ne parierais pas quelque chose d’aussi gros pour une simple partie de cartes !

- Oh ? Mais, ce n’est pas ce que tu as fait il y a quelques instants ?

- De quoi ?!

- Ta précédente partie t’a permis d’obtenir de nouvelles terres. Donc, pourquoi tes adversaires devraient parier aussi gros et pas toi ? À moins que tu ne sois qu’un lâche et que tu ais peur de perdre la partie, et donc, ton gagne-pain principal. Te plierais-tu devant le pauvre fou qui te provoque dans un duel alors que tu es absolument sûr de le remporter haut la main ? « Le grand Phylias de Parsal apeuré face à un pauvre fou ». Ce sont les hérauts qui seront heureux de le hurler à tout le royaume. Ou peut-être qu’ils diront : « Propriétés contre fou ! De Parsal refusa ! » J’ai hâte de les entendre crier les nouvelles, en tout cas…

- IL SUFFIT !!!

 

Il hurla de toute sa voix tout en frappant la table du poing droit. Il semblerait que je l’avais poussé à bout. En un sens, cela est plutôt positif. Une personne en colère perd très facilement sa raison, c’est bien connu.

 

- Très bien… Vous voulez me provoquer de cette façon, n’est-ce-pas ?! Eh bien, c’est parfait ! Mais, je vais changer ma condition… Mes terres et mon exil contre ton obéissance ! Si tu perds, tu deviendras mon esclave pour toute la vie !

 

La proposition devenait plutôt risquée pour moi. Encore, perdre un chapeau n’avait pas énormément d’importance. Mais là, il s’agissait de ma liberté. Soit j’acceptais, au risque de devenir le serviteur de cet homme, soit je refusais et ma famille devra vivre dans la rue, avec peu de chances de s’en sortir vivant. Le choix ne fut pas difficile.

 

- Très bien, cela me convient. Je mets donc en jeu ma liberté !

- Considérez-vous comme déjà sous mon commandement…

- Ne vends pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué, Parsal.

 

Il y avait une troisième personne qui mélangeait et distribuait les cartes pour nous. Cela éviter les tentatives de triches. Il distribua cinq cartes à chacun, toutes faces cachées sur la table. Nous les prîmes une par une afin de voir nos jeux respectifs. A première vue, je commençais avec une mauvaise main. Mais, je ne devais pas le montrer. Un seul signe de déception sur mon visage et c’est la défaite assurée. En tout cas, c’est ce que Jorudan m’a appris. Le principe est de tromper son adversaire pour qu’il abandonne le premier, même si il possède le meilleur jeu. Je donnais donc un air sûr de moi pour tenter de le déstabiliser. Mais, il avait l’air aussi sûr que moi. Je retirai deux cartes de ma main pour les échanger contre deux nouvelles. Nous avions le droit à deux échanges chacun. En ce qui me concerne, je décidai de n’en faire qu’un seul, cela me paraissait suffisant. Quand à de Parsal, il utilisa ses deux échanges. Au deuxième, j’avais remarqué qu’il avait remis son chapeau d’une certaine façon entre le moment où il donna ses cartes et celui où le maître du jeu lui redonna de nouvelles. Il avait fait ça d’une certaine manière pour faire en sorte d’être discret. Sauf que j’avais réussi à le voir. En fait, j’ai eu l’impression que le temps défilait au ralenti à ce moment précis. Comme-ci le temps lui-même avait fait en sorte que je puisse voir son geste. Et j’ai pu voir entièrement ce qu’il venait de faire.
Il me proposa, après un long silence :

 

- Vous devriez abandonner, vous savez ? Je ne voudrais pas que vous vous sentiez ridiculisé face à tant de personnes.

- Comme c’est drôle. J’allais justement te faire part de cette réflexion.

- C’était votre dernière chance… Tant pis pour vous.

- Si tu es si sûr de toi, pourquoi ne pas montrer ton jeu ? Sache que je n’abandonnerai pas et que j’irai jusqu’au bout.

- Magnifique preuve de stupidité de votre part. Il faut être fou pour foncer tête baissée sans aucune arme de qualité avec soi.

- Tu n’as pas encore vu mon jeu. Ne fais pas de conclusions si hâtives, je te prie. Tu risquerais de t’en mordre les doigts.

 

Il posa son jeu sur la table pendant que je finissais ma phrase. Un manque de politesse de sa part, mais venant d’un homme comme lui, cela n’avait rien d’étonnant finalement. Quatre As de chaque couleur et un trois de cœur.

 

- Carré d’As. Que je sache, cette main a une puissance colossale dans ce jeu, non ?

- Il est vrai. Mais, ce n’est pas la meilleure…

- Sans aucun doute. Mais, je ne pense pas que vous poussiez battre mon jeu. Votre liberté est à moi, dorénavant.

- Je t’ai pourtant dit de ne pas faire de conclusions hâtives.

- Que dois-je comprendre par-là ?

 

Je posai à mon tour mon jeu sur la table, en face du sien, carte par carte. Sept. Huit. Neuf. Dix. Valet. Tous de couleur Pique.

 

- Le Serviteur Pique et ses Quatre Compagnons.

 

Phylias eut une réaction sur son visage mélangeant peur et surprise. Ma main était plus forte que la sienne. Les spectateurs étaient choqués de voir le grand Phylias de Parsal perdre face à un pauvre fou. En tout cas, c’est ce que je pouvais entendre venant des murmures environnants. Le noble frappa la table du poing après s’être soudainement levé, en faisant tomber sa chaise par terre, et en me hurlant :

 

- Fraude !! Je ne tolère pas les tricheurs de ton espèce !!

- C’est plutôt drôle comme réflexion venant de toi.

- Comment ça ?!

- Même en trichant, tu n’arrives pas à battre un pauvre fou ? Tu n’es peut-être pas si fort que ça, lui dis-je avec le sourire.

- Qu’entends-je ?! Tu as remporté la partie et tu m’accuses de tricherie ?!

- Au moins, tu reconnais que j’ai gagné. C’est déjà ça.

- Un tricheur ne mérite pas la victoire !

- Dans ce cas, tu ne mérites rien, toi et ton chapeau de tricheur.

- Q-Quoi… ?

 

Il était en train de sueur à grosses gouttes après ma réflexion. Les gens autour de nous ne comprenaient rien. Je devais donc leur expliquer la situation. Je me levai et m’expliquai en bougeant autour de la table et en m’arrêtant par moment en face de certains :

 

- Mesdames ! Messieurs ! Sachez que cette personne, Phylias de Parsal, la personne que vous considérez comme un homme puissant et important, que vous considérez comme un grand joueur… n’est qu’un tricheur !

- Mensonge ! Je ne suis pas un…

- Durant la partie, j’ai remarqué quelque chose d’assez étrange. Pendant son deuxième échange, cet homme avait mis sa main vers son grand chapeau. Peut-être qu’il voulait le remettre correctement, me diriez-vous… Et je vous répondrais ceci…

 

J’étais juste en face du tricheur à la fin de ma réplique. Je mis ma main sur son chapeau et lui retira d’au-dessus de sa tête avant qu’il puisse m’en empêcher. Des cartes volèrent un peu partout autour de nous. Un long silence envahit la salle.

 

- Je pense que je n’ai plus besoin de faire un nouveau commentaire.

 

Je commençai à partir en passant à travers la foule tout en jetant le chapeau en arrière pour qu’il finisse par atterrir sur la tête de son propriétaire. Les gens commençaient déjà à s’approcher vers lui doucement pour venger leurs précédentes défaites.

 

- Nobles gens…

 

Ils se tournèrent vers moi à nouveau.

 

- Tout ce que vous aviez perdu face à lui vous revienne. Faites en sorte qu’il tienne parole.

 

Après mes paroles, ils s’occupèrent de Phylias de Parsal de manière musclée. Alors que j’allais sortir par la porte principale, le perdant de tout à l’heure se mit en face de moi pour me dire :

 

- Merci beaucoup… Je pensais avoir tout perdu mais… vous avez fait en sorte que je puisse tout récupérer.

- Ne me remerciez pas. Profitez-en pour reprendre votre acte de propriété avant qu’il ne soit plus présentable.

 

Il se pressa de rejoindre la foule. En le regardant courir vers eux, j’avais à nouveau remarqué l’inconnu de tout à l’heure. Il m’avait croisé pendant que je discutais avec le perdant. Je n’y prêtai pas attention et sortis de la salle de jeu immédiatement. Je retournai dans la ruelle de tout à l’heure et mes amis m’y attendaient depuis un moment. Anty me demanda :

 

- Alors ? Qu’est-ce-que ça a donné ?

 

Je retirai mon masque et leur adressai un sourire qui voulait tout dire. Il me sourit en retour et frappa mon poing contre le mien. Jorudan, lui, m’offrit un clin d’œil avec un pouce pointé vers le haut. Je décidai de passer la nuit chez Antoan, le cœur apaisé.

Le lendemain, en revenant enfin chez moi, je vis un homme en face de mes parents. Ces derniers semblaient rassurés avec ce que venait de leur annoncer l’inconnu. Il devait sûrement leur annoncer que de Parsal n’avait plus aucune autorité sur nous. Je m’approchai d’eux pour leur dire bonjour et ma mère me prit immédiatement dans ses bras. Elle était si heureuse de se sentir en sécurité dès à présent. Je répondis à son affection et la laissa avec mon père et l’inconnu pour qu’ils puissent discuter tranquillement. Je me rendis dans ma chambre pour me poser sur mon lit et lâcher un soupire de satisfaction. Enfin… Nous allions enfin pouvoir vivre sereins, sans aucun problème. Je posai mes mains sur les poches. D’ailleurs, j’avais gardé les vêtements de Jorudan. Je pensais que je devais les lui rendre le plus rapidement possible. Je posai mes mains sur les poches du pantalon et remarquai qu’il y avait quelque chose dans l’une d’entre elles. Je sortis cette chose de ma poche. C’était une lettre avec un symbole ressemblant à un oiseau tenant quelque chose dans son bec. Comment cette lettre avait pu atterrir dans ma poche ? Je réfléchis un long moment pour repenser à cette fameuse soirée. C’est à ce moment-là que je m’étais rappelé de quelque chose d’important. L’homme inconnu qui m’avait croisé avant que je parte. La lettre devait venir de lui. Mais, que me voulait-il… ? Qu’est-ce-que cette lettre pouvait-elle contenir… ?

 

FIN
Publié dans:King of Scam |on 12 décembre, 2014 |Pas de commentaires »

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