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Modern Knight – Chapitre 6

Modern Knight - Chapitre 6 dans Modern Knight 4U3VZun

Alors que la souffrance se fit plus envahissante, Micku fut surpris par ce que le fauteur de trouble venait de lui dire. Cet homme connaissait son nom alors qu’il ne l’avait jamais croisé auparavant. Deux hypothèses se créèrent dans sa tête à cet instant : soit il avait vu son nom dans le registre, soit il avait un quelconque lien avec le Sorcier Noir. Mais étant donné qu’il n’y avait pas sa photo dans le cahier pour qu’il puisse faire le lien, il oublia rapidement la première. Néanmoins, il était sûr que le loup ne savait pas qu’il se trouvait dans la même auberge que lui depuis tout ce temps, auquel cas il l’aurait déjà attaqué pendant son sommeil. En revoyant la table cassée qui bloquait à présent l’accès à l’étage supérieur, il se rendit compte qu’il ne pouvait pas récupérer Natalia dans sa chambre. Il allait devoir utiliser la méthode qu’il connaissait assez bien : ses propres poings. La force du canidé ne lui faisait pas peur étant donné qu’il avait déjà dû faire face à des obstacles équivalents en terme de corpulence et que, malgré la difficulté, il avait toujours su s’en tirer sans trop de problème. Mais ce que notre héros ne savait pas, c’est que le meuble n’avait été soulevé qu’avec une seule main et avec aucune difficulté par le colérique, ce qui allait pouvoir lui laisser un petit effet de surprise non négligeable.

Pendant que l’épéiste désarmé se relevait avec beaucoup de difficulté, il s’approcha de lui en grognant de manière plutôt bestiale. Une fois ses deux pieds sur le parquet et une main posée au niveau de ses reins, il plaignit en disant :

 

- Putain… T’étais vraiment obligé de balancer ça ? J’ai encore plus mal qu’avant à cause de toi…

En guise de réponse, le grand hybride à chemise blanche chargea à la manière d’un rugbyman professionnel et le hérisson, surpris, se contenta de mettre en posture de défense, avant-bras servant de bouclier. Sa garde fut facilement brisée lors de l’impact et il fut projeté contre le mur, ce qui laissa sortir d’entre ses lèvres un cri de souffrance, pour ensuite revenir sur le plancher à genoux. Les quelques vaches de porcelaine multicolores tombèrent de l’étagère où elles étaient posées, l’une se brisant sur la tête de Micku. Alors qu’il était en train de se redresser, l’hybride enragé l’attrapa au niveau du cou avec une main et le souleva. Il serra de plus en plus fort, ce qui rendit la respiration assez laborieuse. Pendant que le jeune garçon étouffait, le musclé approcha son visage du sien et lui parla :

 

- Je ne sais pas comment je connais ton nom… Je ne sais pas qui tu es… Mais te voir me met dans une rage tellement intense que te frapper ne suffirait pas à me calmer ! Je dois déchirer tes membres un par un ! Je dois tellement te mettre en pièce au point de ne plus te reconnaître pour m’arrêter !!

 

Plus le ton de sa voix s’intensifiait, plus l’étau de chair se resserrait autour de la gorge du hérisson dont la vision se troublait petit à petit. Avant de tomber dans l’inconscience, il mit tout son espoir dans un coup de pied qui frappa la mâchoire du loup, le faisant lâcher prise. Il n’eut le droit qu’à une quinzaine de seconde pour récupérer à la fois de l’air et ses esprits avant que l’autre ne se ressaisisse et ne l’attaque en joignant ses deux mains. Micku roula sur le côté pour esquiver et se cacher rapidement sous une table pour reprendre le reste de ses forces. Il réfléchit également à un moyen de calmer la bête sans risquer de se faire attraper une seconde fois mais il fut interrompu par un poing faisant le double du sien traversant le meuble de bois pour se retrouver juste en face de lui. Il dégagea en quatrième vitesse pendant que le canidé soulevait la table pour la jeter ailleurs, brisant un cadre lorsqu’elle percuta le mur. Il se releva et, n’ayant pas trouvé mieux, prit une chaise pour la lancer sur l’homme aux poils bruns. Ce dernier se contenta de donner un coup dans le projectile pour qu’elle traverse une fenêtre, ce qui provoqua le cri apeuré de la vieille dame. Ne perdant pas espoir en sa stratégie de fortune, il la renouvela avec un autre siège mais avec une petite subtilité supplémentaire. En effet, au moment où l’objet de bois fut dévié à nouveau d’un coup de poing, sa cible n’eut que quelques secondes pour se rendre compte que le jeune homme s’était précipité sur lui. Une fois à son niveau, il fit un petit saut en mettant son genou droit en avant, le touchant au niveau du diaphragme. Cela força le grand loup à se pencher légèrement en avant avec la douleur. Esquissant un sourire, Micku l’attrapa au niveau des épaules, fit un nouveau bond en s’en servant comme appui et, alors qu’il passait au-dessus de lui, il l’attrapa au niveau du cou pour l’entraîner dans sa chute, touchant tous les deux le sol avec leur dos.

Il se releva le premier et la douleur revint au niveau de sa colonne vertébrale. Peut-être que ce n’était pas une si bonne idée que ça de jouer les casse-cous, pensa-t-il. Cependant, il avait réussi à mettre à terre la bête féroce, chose qu’il avait trouvée plus facile que ce qu’il imaginait. Il posa rapidement son regard sur celle-ci qui semblait être assommée par sa prise. Il se dirigea donc au niveau du comptoir pour prévenir les gérants que le problème était réglé. L’homme d’âge mûr vérifia ses dires et son air interrogatif qu’affichait son visage se transforma rapidement en surprise lorsqu’il vit que le loup se relevait. Il lui hurla de faire attention mais, le temps que le hérisson se retourne, ce dernier prit un poing qui le dégagea sur une table qui se brisa en deux lorsqu’il atterrit dessus. Une fois le prédateur sur ses deux pattes, il fixa sa proie qui frottait son crâne avec sa main et serra les crocs. Son visage était déformé par la haine qu’il avait contre ce garçon dont il ne connaissait pourtant absolument rien, si ce n’est son nom. Ses doigts se crispaient et les muscles de son corps grossissaient à vue d’œil, déchirant au passage sa chemise qui était déjà à la limite du soutenable. Ses orteils avaient également éclaté l’avant de ses chaussures noires pour se retrouver à l’air libre. Ses poils s’étaient hérissés et ses ongles étrangement allongés, ce qui leur donnait l’allure de griffes ayant subitement noircies.

Le jeune hérisson n’en revenait toujours pas. Le canidé avait déjà une masse musculaire importante mais c’était quasiment un monstre qu’il avait en face de lui. Il pouvait voir plusieurs de ses veines ressortir au niveau de son front et de la bave couler entre ses dents. Le doute et la peur s’installèrent alors dans son cœur à l’idée de se mesurer face à cette chose qui lui adressa ces simples mots :

 

- Je vais te tuer… Hé hé… JE VAIS TE TUEEER !!

 

La nouvelle créature bondit sur lui et il poussa alors un cri de frayeur avant de prendre ses jambes à son cou pour l’esquiver. Néanmoins, il ne pouvait pas s’enfuir en prenant la porte même s’il était effrayé. Son épée était encore à l’étage et abandonner le vieux couple serait comme les condamner à une mort certaine. Il allait devoir lutter, quoi qu’il en pense. Alors qu’il était en train de réfléchir à un nouveau plan, le fauve se précipita dans sa direction, ce qui le força à l’éviter en courant dans la pièce, accompagné de sa panique. Pendant son repli semi-stratégique, la table dépourvue des chaises qui avaient été balancées un peu partout se retrouva comme obstacle sur son chemin. Il se laissa glisser par-dessous pour garder sa vitesse tandis que le colosse se contenta de la soulever sans contrôler sa force. Elle se retrouva ainsi littéralement plantée dans le plafond de pierre blanche, ce qui créa plusieurs fissures plus ou moins importantes. Mais Micku préféra ne pas se retourner pour s’éloigner le plus loin possible et chercher autour de lui quelque chose qui l’aiderait à se défendre. Ses yeux virent alors une fourche qui était accrochée au mur avant de se retrouver sur le sol à cause du bazar qui avait lieu dans la pièce depuis cinq minutes. Il ne se priva pas de la ramasser alors que son poursuivant se rapprochait de plus en plus et se retourna net, pointes en avant, ce qui le força à s’arrêter pour ne pas s’empaler sur l’outil. Ce dernier était d’ailleurs assez long pour que le garçon aux yeux d’émeraude puisse rester à bonne distance de lui sans aucun risque de se faire attraper.

 

- Alors, mon gros, on veut plus me courir après maintenant, hein ? dit-il avec beaucoup d’assurance. On a trop peur de finir en brochette, j’imagine.

 

La seule réponse qu’il eut en retour fut un grognement et un regard contrarié. Le loup ne bougeait pas sauf dans les cas où le hérisson avançait vers lui, toujours avec son arme dans sa direction. Après ça, il recula d’un pas pour prendre un peu d’élan et chargea pour essayer de le toucher avec sa nouvelle arme. Malheureusement pour lui, il se décala au dernier moment et, à sa grande surprise, attrapa le manche foncé avec sa gueule. N’ayant pas pu réagir à temps, il fut soulevé lorsque le loup gigota sa tête dans tous les sens, tel un chien ayant attrapé un vulgaire bâton. Ne pouvait pas supporter le manège plus longtemps, il le lâcha et fut projeté contre le mur le plus éloigné pour le percuter avec son dos avec violence. Il s’écroula ensuite sur le sol pendant que le manche de la fourche fut détruit en plusieurs morceaux par les crocs acérés du sbire du Sorcier Noir. Micku tenta tant bien que mal à se relever mais le poids de la douleur l’écrasait beaucoup trop pour qu’il puisse réaliser une telle prouesse. Il remarqua que son adversaire était trop occupé avec son bout de bois et rampa pour se cacher tant qu’il ne prêtait pas attention à lui. Alors qu’il était quasiment au centre de la pièce, propre d’une nouvelle planque, une poule en porcelaine se décida enfin à tomber à cause du tremblement qu’avait causé le hérisson avec la paroi et la bête se tourna vers lui. Il jeta donc son jouet pour venir le ramasser. L’épéiste essaya de se dégager mais rien à faire, il le tenait fermement. L’hybride brun lui offrit son plus beau sourire carnassier tout en se léchant les babines, ce qui eut pour effet de paralyser son futur repas avec la peur.

Lorsqu’il s’apprêtait à planter ses dents pointues dans la chair bleue, un lustre fait à partir d’une bûche de bois tomba sur son crâne à cause d’une fissure au plafond qui s’était propagée jusqu’à lui. Le loup fut tellement sonné qu’il lâcha Micku tout en chavirant légèrement dans toutes les directions, laissant l’opportunité au jeune garçon de faire quelques pas en arrière. Il tomba finalement en avant tout en perdant connaissance. À peine il eut le temps d’examiner la scène pour comprendre ce qu’il venait de se passer qu’il vit les muscles du corps allongé sur le sol perdre de leur épaisseur petit à petit pour ainsi se retrouver avec quelqu’un avec une corpulence proche de la sienne. Ses ongles était également revenus à la normale. Quasiment sûr que le danger n’était plus, il s’approcha de lui et s’accroupit pour vérifier s’il n’avait pas reçu une blessure importante au niveau du crâne. Fort heureusement, la seule chose qu’il trouva fut une grosse bosse, ce qui l’étonna assez. Il souffla de soulagement avant de se redresser et de tourner sa tête en direction du comptoir.

 

- C’est bon, vous pouvez sortir, confirma-t-il.

 

En quittant leur cachette, ils furent choqués en voyant l’état déplorable du hall principal. La vielle dame était celle qui était la plus touchée par tout ceci, surtout lorsqu’elle vit ses objets de décoration réduits en miettes par l’altercation entre les deux hommes. Pendant qu’elle se dirigea auprès des débris de la fourche les larmes aux yeux, son mari alla auprès de Micku pour regarder le loup maintenant inoffensif.

 

- C’est bizarre, pensa-t-il à haute voix. On dirait une toute autre personne, maintenant…

 

Le jeune hérisson préféra ne rien dire mais il était plutôt d’accord avec lui. Quand on le voyait comme ça, on ne pourrait pas se douter qu’il est à la cause du bazar environnant que le triste aubergiste contempla. La culpabilité naquit dans le cœur de Micku vu que tout ceci était en partie de sa faute. Hésitant d’abord quelques instants, il laissa échapper ce sentiment par la parole tout en portant son regard autre part :

 

- Désolé de pas avoir pu limiter les dégâts…

- Ce n’est rien… Tu n’avais pas vraiment le choix, j’imagine. Et puis, qui sait ce qui nous serait arrivés si tu ne t’étais pas interposé ?

- D’ailleurs, ça va, votre mâchoire ?

- Je t’avouerai que ça me fait mal quand je parle, dit-il en massant sa joue gauche. Mais j’ai juste une dent cassée, ne t’en fais pas.

 

Leur conversation fut rapidement interrompue par le cri aigu de la vieille dame. Quand ils tournèrent la tête dans sa direction, ils virent qu’une grosse bestiole se trouvait à ses pieds. C’était un insecte semblable à une tique mais celle-ci avait la taille proche de celle d’une balle de tennis. De plus, elle était de couleur noire avec plusieurs courbes violettes fluo qui traversaient son corps de part en part, ce qui laissait au jeune Élu l’hypothèse qu’elle avait un quelconque lien avec Nécro et que c’était la cause de la colère de l’hybride au poil brun. Elle s’approcha doucement des jambes de la femme de l’aubergiste avant que celle-ci s’affole et tente de l’écraser d’un coup de talon, en vain. L’acarien prit peur et la fuite par la même occasion en se dirigeant vers la fenêtre cassée. Ne voulant pas qu’elle crée de nouveaux problèmes, Micku s’empressa de ramasser la tête de fourche qui gisait sur le sol pour ensuite lui sauter dessus pour l’arrêter. Par chance, son premier coup fut parfait et la tique se retrouva empalée sur la dent centrale de l’outil cassé, un liquide mauve s’échappant pour glisser lentement sur le métal froid.

L’homme quadragénaire s’approcha de lui et demanda :

 

- Qu’est-ce que c’est que cette bête ?

- Je sais pas, répondit-il tout en se relevant, mais je me suis dit que tout ce bordel, c’était de sa faute.

- Cette chose était accrochée sur cet homme ? Mais où ? Je ne l’ai pas vu, pourtant…

- Franchement, je veux même pas savoir. Enfin, prenez-la et brûlez-la. J’ai pas envie de prendre le risque qu’une autre merde arrive. Moi, je retourne me coucher, mon dos en a besoin…

 

Ainsi, il donna le cadavre de ce mutant à l’aubergiste avant d’aller au niveau de l’escalier. Il dégagea la table qui était sur le chemin pour pouvoir retourner dans sa chambre. En avançant dans le couloir, il retrouva l’autre moitié du meuble qui avait traversé le plafond tantôt, ce qui lui donna un air satisfait puisque qu’elle ne se trouvait pas dans son lieu de repos. Une fois à l’intérieur, il s’allongea sur son lit et ferma les yeux pour récupérer de son combat. Cela ne fut que courte durée lorsqu’il fut interpellé par l’esprit de l’épée. En tournant sa tête sur le côté, Natalia apparaissait devant lui avec un air mêlant inquiétude et incompréhension.

 

- Que s’est-il passé, Micku ? s’interrogea-t-elle. J’ai senti une faible énergie maléfique et, peu après, il y a eu ce vacarme…

- Oh, ça… C’était rien, juste un mec qui a piqué une petite colère et qui a balancé le meuble un peu partout. Mais j’ai réglé le problème, t’inquiète pas.

 

Sa partenaire ne semblait pas vraiment convaincue par l’explication du hérisson sur la légèreté de la précédente situation. Elle fit donc mine de n’avoir rien entendu tout en continuant avec ses questions.

 

- Est-ce Nécro qui est à l’origine de tout ça ?

- Je crois, ouais… Le mec connaissait mon nom et il était déterminé à me buter. Et y’avait cette bestiole, aussi…

- Une bestiole… ? S’agirait-il d’une grosse tique, par hasard ?

- Yep. Tu sais ce que c’est, ce truc ?

- Je me doutais bien qu’il s’agissait de cela, lui répondit-elle en prenant son menton entre son pouce et son index. Le nom de cette créature est « Discorde » et elle possède la capacité de mettre sa cible dans un état d’énervement qui augmente plus ou moins rapidement en injectant un liquide dans son sang. En plus de cela, plus sa colère est grande, plus sa force physique se décuple. Et pour couronner le tout, elle aspire le sang de sa victime qu’il transforme en énergie sombre pour son maître.

- Sympa l’insecte multifonction, ironisa-t-il.

- En effet… J’imagine que le fauteur de trouble est tombé dans l’inconscience alors qu’il faisait des ravages. Lorsqu’elle en perd le contrôle, la Discorde quitte toujours son hôte pour partir à la recherche d’un autre… Qu’est-elle devenue ?

- Je l’ai butée et j’ai demandé à l’aubergiste de la cramer. Comme ça, l’affaire est réglée.

- C’est un choix lucide, oui. Néanmoins, quelque chose ne colle pas avec ce que tu viens de m’énoncer… Comment cet homme connaissait ton nom ? À priori, tu ne le connaissais pas…

- Bah, en fait, lui non plus… Il a sorti mon nom mais, après ça, il m’a dit qu’il ne savait pas qui j’étais. Il voulait juste s’acharner sur moi.

- Serait-ce la Discorde qui aurait réagi à ta présence… ? Étrange…

- Enfin, on s’en fout, pour le moment, s’exclama-t-il en se tournant vers l’autre côté de son lit. Désolé mais tout ça m’a encore défoncé le dos et j’ai juste envie de me reposer, là.

- Je comprends, oui… Je te laisse tranquille et je resterai vigilante à ce qu’il pourrait se passer.

 

La vision fantomatique disparut et l’épéiste laissa tomber ses paupières. Il réussit à s’endormir pour être ensuite dérangé à plusieurs reprises par les gens qui se trouvaient à l’étage d’en dessous. Il avait pu entendre des policiers discuter de ce qu’il s’était passé – et qui, fort heureusement pour lui, n’étaient pas venus le déranger pour lui poser nombreuses questions – et d’autres personnes qui avaient aidés les aubergistes à ranger le hall. Néanmoins, il avait assez récupéré pour repartir sans que son dos le dérange sur la route. Il se leva au même instant où la cloche de la ville sonna la première heure de l’après-midi. Il attacha son épée à sa jambe à l’aide du ruban et quitta sa chambre pour rejoindre la salle d’accueil. Sur le chemin de la sortie, il remarqua que seule la table logeait au plafond était encore présente. La disposition des meubles avait quand même été modifiée afin qu’il n’y ait pas de grande vide quelque part dans la pièce.

Il posa la main sur la poignée de porte et l’ouvrit tout en entendant une voix dans son dos lui parler.

 

- Tu pars sans dire « au revoir », Micku ?

 

Il se retourna et vit les deux aubergistes le regarder avec un léger sourire, l’homme gardant ses mains derrière son dos. Il leur répondit :

 

- Ouais, faut que je reprenne la route, maintenant.

- Tu ne vas pas repartir le ventre vide, enfin ! Prends ça, au moins.

 

Elle lui tendit deux pains au lait qu’il accepta sans hésitation tout en la remerciant. Il commença même à entamer l’un d’eux.

 

- Du coup, vous aurez pas trop de soucis pour les réparations ? demanda-t-il.

- Il va falloir que je vois ça avec notre assurance… mais je ne pense pas qu’ils pourront faire grand-chose, avoua le mari à contrecœur. On prendra dans nos économies, dans le pire des cas.

- D’accord. Bon bah, je vais pas traîner ici plus longtemps, alors…

- Attends.

 

Il sortit de derrière lui le fourreau qu’il lui avait présenté le jour d’avant et allongea le bras vers Micku.

 

- Prends-le. Tu le mérites bien avec le courage que tu as eu pour nous aider. Ça sera beaucoup plus pratique pour toi pour marcher, je pense, dit-il en finissant avec un léger rire.

 

L’épéiste n’y croyait pas mais il ne se priva pas pour autant. Il engloutit sa collation afin de tenir la deuxième entre ses dents, prit l’étui de cuivre et le mit dans son dos pour pouvoir y ranger l’épée légendaire à l’intérieur. Il le remercia énormément avant de les saluer et de quitter Atagnan pour se diriger en direction des Montagnes Brumeuses.

Publié dans:Modern Knight |on 8 avril, 2016 |Pas de commentaires »

Modern Knight – Chapitre 5

Modern Knight - Chapitre 5 dans Modern Knight uFG0wB7

Après plusieurs heures de marche, l’épéiste arriva enfin à l’entrée du village d’Atagnan au beau milieu de l’après-midi. Les souvenirs que son dernier combat avait rendu le voyage assez pénible. Il n’avait pas arrêté de se plaindre tout le long de la route concernant son mal de dos constant, ce qui, à force, gênait légèrement la pauvre Natalia. Au départ, elle se sentait compatissante en voyant son maître souffrir mais l’exagération employée par ce dernier l’agaçait peu à peu. Néanmoins, son loyal esprit préféra ne rien dire face à cela car sa mission était bien plus importante que de simples broutilles. Mais une question demeurait toujours : Où devaient-ils se rendre, à présent ? Micku avait décidé d’aller dans ce village pour éviter de retourner dans celui où il avait volé son précédent déjeuner mais ce n’était pas vraiment un endroit important pour sa quête. Il ne savait même pas quel lieu pourrait l’être non plus et ce n’était pas sa partenaire qui venait à peine de sortir de son sommeil millénaire qui allait pouvoir l’aider. Cette dernière était déjà assez perdue lorsqu’elle observait le nouveau monde autour d’elle. Lorsque les voitures passaient à côté d’eux, elle se demandait à chaque fois par quelle magie ces véhicules pouvaient rouler aussi vite. Le hérisson lui avait expliqué à plusieurs reprises que cela n’avait rien de magique et que tout cela n’était que purement mécanique. Mais, n’étant pas un expert dans le domaine, cela ne l’éclairait pas davantage.

Il dépassa le panneau d’entrée du village et fut à l’affut des quelques regards circonspects des passants de la rue principale. Il n’y faisait plus vraiment attention étant donné qu’il avait supporté une douzaine d’autres venant des quelques conducteurs qu’il avait croisés. C’était assez évident pour lui que toute cette attention soudaine venait du fait qu’une épée était accrochée à sa jambe et que cela n’avait rien de rassurant. Malgré tout, cela l’encouragea un peu plus à trouver un fourreau le plus rapidement possible, surtout que garder sa jambe droite tendue pendant les déplacements les rendait assez désagréables. Mais en ces temps modernes, en trouver un de bonne qualité n’était pas une mince affaire. Seuls les collectionneurs d’objets médiévaux qui accepteraient de se séparer de leur trésor pour un modeste prix auraient pu faire affaire avec lui. Pour Micku, tomber sur une personne respectant parfaitement cette description était impossible. De plus, il avait l’intention d’utiliser l’argent qu’il avait gagné pour passer une paisible nuit dans une chambre chauffée tout en ayant profité d’un bon repas, chose qui n’arrivait guère pour un nomade comme lui.

En arrivant au niveau d’un croissement, il vit un panneau indiquant la direction d’une auberge pouvant sans nul doute faire l’affaire. Alors qu’il allait se contenter de tourner sur sa droite pour se diriger vers le bâtiment de repos, un son fort l’interpela. Un bruit de klaxon venant d’un véhicule de police qui s’arrêta à ses côtés. Son conducteur sortit et alla auprès du jeune homme pour engager la conversation.

 

- Bonjour, mon garçon. Tu aurais cinq minutes

- Euh ouais, c’est pour quoi ? demanda Micku d’un air sceptique.

- J’ai juste plusieurs questions à te poser, donc j’aimerais que tu sois sage et que tu y répondes, d’accord ?

 

Le comportement plutôt pacifique de l’agent ne lui permettait pas de gagner la confiance du hérisson. Au contraire, il obtint l’exact opposé : une personne encore plus méfiante qu’auparavant. Mais le garçon aux yeux d’émeraude fit en sorte de ne pas le montrer davantage.

 

- Ouais, si vous voulez, répondit-il enfin.

- Je voulais savoir d’où tu venais, exactement ?

- D’où je viens ? Pourquoi vous voulez savoir ça ?

- Eh bien, pour être franc avec toi, nous avons reçu plusieurs appels nous disant qu’un garçon était perdu le long de départementale. Alors, je me suis demandé s’il s’agissait de toi.

 

Une scène revint à la tête de l’épéiste. Pendant sa longue marche, un homme d’une trentaine d’année s’était arrêté avec sa voiture pour lui proposer de le raccompagner chez lui, chose qu’il refusa de suite. Peut-être que cette personne avait appelé la police pour signaler cela, pensa-t-il. Néanmoins, il avait toujours une excuse face à ce genre de situation.

 

- Ah naan, vous vous trompez, mes parents sont pas loin d’ici. J’allais justement revenir auprès d’eux, faut pas s’inquiéter pour moi, m‘sieur.

- Ah oui ? Pourtant, tu corresponds parfaitement à la description de ce garçon. Un hybride hérisson d’environ treize ans avec une veste bleu ciel.

- J’ai pas treize, j’en ai seize, rétorqua le jeune homme, contrarié.

- Tu sais, avec ta taille, c’est possible de se tromper.

- Ça va, dites que je suis un nain avec ça…

- Je n’ai pas dit ça… Bref, il n’y a pas que ça, mon grand, ajouta-t-il en insistant sur ses derniers mots. Il y avait ceci dans la description.

 

Il montra du doigt la lame dorée qui était accroché le long de sa jambe. Même s’il aurait préféré que l’on puisse omettre ce détail, il se doutait que cela ne jouerait pas du tout en sa faveur. Fort heureusement, il avait assez laissé durer la conversation pour trouver une bonne justification.

 

- Bon d’accord, j’avoue, c’était moi. Mais, je mentais pas en disant que mes parents n’étaient pas loin, vous savez ? En fait, on transportait plein d’affaire dans notre voiture et il n’y avait plus de place pour moi. Du coup, j’ai dû faire le chemin à pied le temps qu’un ami de mon père vienne nous aider. Il a dit qu’il allait nous rejoindre en passant par ce village, justement. Alors, pour pas perdre de temps, mon père m’a dit de faire le chemin à pied.

- Je vois, je vois… Et pour l’épée, tu peux m’expliquer ?

- Ah ça ? Ah mais, faut pas paniquer ! C’est qu’une réplique d’une épée légendaire. C’est pour un futur cosplay. Et vu que je voulais pas la lâcher… Je suis trop attaché à elle, vous comprenez ?

 

La réponse du gardien de l’ordre ne fut qu’un profond silence. Il offrit également à Micku un regard perçant, ce qui le fit sourire nerveusement à cause de la gêne occasionnée. Après quelques secondes, le policier remit correctement son képi et tendit ensuite sa main vers le bleu.

 

- Tes papiers, s’il-te-plaît.

- Q-Quoi… ?

- J’aimerais avoir ta carte d’identité pour vérifier ton nom, voilà tout. Tu me la donnes ?

- Maiiis bien sûûr…

 

Bien évidemment, il n’en avait aucune vu qu’il n’avait jamais eu l’occasion de la faire. Habituellement, il trouvait toujours un moyen pour fuir ce genre de situation, souvent en utilisant ses jambes. Mais étant donné que, cette fois-ci, il allait être gêné dans sa course par sa fameuse réplique d’arme légendaire, il n’allait pas pouvoir aller bien loin. Il mit ses mains dans les poches de son jean et fit mine de ne pas réussir à mettre la main sur sa carte. L’officier s’impatienta et lui ordonna de se presser. Il continua de chercher dans sa veste mais, au fond de lui, cela ne servait plus à rien de gagner du temps comme il le faisait. C’est alors qu’une voix sortit du véhicule de fonction.

 

- À toutes les unités, nous signalons un homme armé d’une mitraillette dans le Musée du Patrimoine Amanysien, au sud-est d’Atagnan. Veuillez-vous y rendre immédiatement afin d’éviter des victimes potentielles.

- Merde… ! Bon, vas rejoindre tes parents, gamin. Et surtout, évitez cet endroit tant qu’on n’a pas calmé tout ça.

 

Sans laisser la possibilité au jeune homme de dire quoi que ce soit, il se précipita dans la voiture et partit au quart de tour tout en activant l’alarme. « Sacré coup de bol » laissa-t-il échapper de sa bouche avant de reprendre sa route tout en accélérant le pas. Il n’avait plus vraiment l’envie de rester à Atagnan une minute de plus mais il avait grandement besoin d’une bonne nuit curative. Il fit donc profil bas jusqu’à arriver à l’auberge. Le bâtiment était couvert d’un léger voile de lierre sur sa façade principale et de nombreux pots de fleur multicolores accrochés au niveau des fenêtres. Il y avait également un petit jardin à l’entrée qui faisait malheureusement tâche à côté du parking au sol déplorable où les seuls véhicules qui s’y étaient arrêtés avaient un état équivalent. Enfin, près du panneau d’accueil placé au centre du mini-square vert se trouvait une statue bovine faite de blé et qui pourrait se fondre dans un élevage quelconque.

Tout en passant à côté, il posa son regard sur l’inscription sur l’écriteau. On pouvait y lire « Le Repos du Paysan » gravé dans le bois clair. Il espérait fortement que ce thème rural n’était affiché qu’à l’extérieur car ce n’était pas quelque chose qu’il appréciait beaucoup. En entrant dans l’auberge, à la vue des nombreux tableaux, photos, sculptures, outils disposés un peu partout dans la salle, sa déception n’en fut que plus grande. Il se rendit au niveau du comptoir vide de toute présence afin d’attendre la venue du personnel. Pour calmer son impatience, il regarda rapidement les divers magazines disposés en tas en face de lui pour ensuite se retourner et faire face à la pièce qui semblait également faire salle à manger vu les très nombreuses tables installées. Après une bonne quinzaine de minutes, un moustachu arriva enfin.

 

- Bonjour, mon garçon. Que puis-je faire pour toi ?

- J’aimerais prendre une chambre pour la nuit, s’il-vous-plaît, dit-il avec un air assez mature.

- Hum d’accord… Mais, tu es tout seul ? Tu ne fais pas une fugue, quand même ?

- Je suis tout seul et je ne fais pas de fugue, non. Pas besoin d’appeler la police.

- Excuse-moi, je ne voulais pas te froisser… Donc, une chambre pour une personne… Une seule nuit ?

- Ouaip, je suis de passage. Je reste juste pour la nuit et je repars aussitôt demain matin.

- Très bien. Cela te coûtera quarante-trois modens, s’il-te-plaît.

 

Il tenta de mettre sa main dans la poche droite de son jean mais sa lame le gêna grandement. Pour se faciliter la tâche, il la détacha de sa jambe pour ensuite la poser en face du gérant, à la grande surprise de ce dernier. Sans y toucher, il l’examina de ses yeux pleins d’avidité dans tous ses moindres détails. Lorsque le hérisson trouva enfin le billet de la petite, il remarqua l’air envieux de son interlocuteur.

 

- Hé, vous faites quoi, là ?

- Oh, pardon ! lâcha-t-il avec son sursaut. Je n’ai pas pu m’empêcher d’admirer cette magnifique épée… Elle est à toi ?

- Nan, en fait, je l’ai volée à un musée.

- Q-Quoi… ?

- Je déconne, c’est bien mon épée, dit-il accompagné d’un rire moqueur. C’est la réplique d’une épée légendaire. Après, elle est quand même assez coupante donc faut faire gaffe.

- Je vois… Je suis désolé de te demander ça si soudainement mais… est-ce que je peux la regarder de plus près ?

 

La demande de l’aubergiste laissa Micku quelque peu méfiant mais il ne semblait pas voir une once d’animosité en lui. Après quelques secondes de réflexion, il accepta enfin et le grand homme prit l’arme médiévale pour l’admirer encore plus. Il toucha du bout de l’index le symbole sur le manche, les différentes pierres précieuses incrustées dans la lame et cette dernière délicatement. Sa beauté le laissa quelque peu rêveur mais il reprit rapidement ses esprits lorsque son client se racla la gorge.

 

- Et tu l’accroches à ta jambe alors qu’elle est si dangereuse ? demanda-t-il en laissant la lame là où elle était. Tu n’as pas de fourreau ?

- J’en cherche un, en fait… Après, difficile de trouver quelqu’un avec ça sous le bras…

- Hmm… Peux-tu attendre quelques minutes ? Installe-toi à une table, je reviens vite.

 

Il hocha la tête et partit s’asseoir à une chaise tout en récupérant Natalia au passage tandis que l’homme d’une cinquantaine d’années sortit de la pièce. Il ne savait pas vraiment ce qu’il comptait faire exactement mais en voyant sa réaction face à son arme, sa suspicion grandit un peu plus. C’est limite s’il ne voulait pas plutôt partir ailleurs. Après tout, il n’avait pas encore donné son argent. Lorsqu’il se leva pour se diriger vers la sortie, il tomba nez à nez avec une femme d’âge assez mûre dont les cheveux passaient du blond au blanc. Elle venait tout juste de rentrer et tenait avec elle un panier en osier rempli de nombreux légumes. En voyant le jeune homme, elle sourit et ouvrit la conversation :

 

- Eh bien, que fait un jeune garçon comme toi ici ?

- Hein ? Oh rien, j’allais juste…

- Oh, je vois. Tu es un client, très bien. Tu n’as pas encore eu ta chambre ? Mais que fait mon idiot de mari, franchement, dit-elle en riant légèrement. Je vais te donner une chambre, ne t’en fais pas.

- Merci mais, en fait…

- Je m’occupe de tout, ne t’inquiète pas.

 

Elle posa ses courses sur le bar et ouvrit son livre de compte pour se rendre que l’homme avait déjà commencé à noter ce qu’il fallait. Elle l’invita donc seulement de noter son nom sur le cahier, accompagné d’une signature. N’ayant pas pu fuir, il soupira intérieurement avant d’exécuter sa demande. Pendant qu’elle lui remit sa clé en échange de l’argent, elle lui demanda s’il souhaitait qu’elle nettoie ses vêtements lorsqu’elle vit la marque de brûlure sur son t-shirt blanc, chose qu’il accepta sans hésiter. Elle lui assura qu’elle lui donnera un pyjama dans la soirée et qu’elle fera une machine par la suite. Après ça, il retourna à sa table pendant que la vieille dame se rendit en cuisine pour ranger ses légumes.

L’attente se fit de plus en plus longue. Les minutes passaient lentement pour Micku au point qu’il avait presque envie de lire un magazine sur le monde agricole. Néanmoins, il préféra taper le bois avec ses doigts tout en tenant son visage avec sa deuxième main. Le silence laissait place peu à peu sa place au son de la pendule. Au tic que trop, il se leva pour se rendre au niveau des escaliers. Le moustachu revint à ce moment précis et l’interpela avant qu’il ne monte les marches. Il se retourna et vit avec surprise qu’il tenait un fourreau en cuir marron avec quelques lignes blanches pour décorer.

 

- Désolé d’avoir mis si longtemps, je n’arrivais pas à en trouver un qui pourrait aller avec cette épée.

- Attendez… Vous avez eu ça où ?

- On ne dirait pas comme ça mais je suis un passionné de l’époque médiévale. J’ai donc une petite collection d’objets en tout genre. Des armes, des pièces d’armures…

- Mais vous êtes pas un paysan ?

- Un paysan… ? Ah, non, c’est ma femme qui a fait la décoration de l’auberge ! En fait, elle est née dans une famille de fermier et elle tenait à montrer ses origines. Ma collection, elle, se trouve dans nos quartiers. Enfin, peux-tu me redonner ton épée ?

 

Il se rapprocha de lui et lui tendit à nouveau la lame légendaire que l’aubergiste s’empressa de mettre dans son étui. La lame entra parfaitement à l’intérieur, comme si cela avait été fabriqué spécialement pour elle. Malgré cette qualité, on pouvait remarquer que le cuir était légèrement vétuste. La peinture blanche s’était également effacée sur les bords avec le temps. L’aubergiste fut néanmoins heureux de voir que cela convenait quand même.

 

- Et voilà, un bel étui pour une belle lame ! annonça-t-il fièrement.

- Ouais… Euh, attendez… Vous voulez me le donner ?

- Aah j’aurais bien aimé pouvoir te faire plaisir mais je tiens énormément à chaque pièce de ma collection.

- Mais alors, pourquoi vous… Oh, je vois… Si j’ai assez d’argent, vous me le vendez, c’est ça ?

- Tu as tout compris. Il m’avait coûté cent modens à l’époque où je l’avais acheté. Mais, si tu le souhaites, je peux te céder contre quatre-vingt.

- C’est cool… mais j’avais juste assez pour la chambre.

- Oh, je vois… Si tu veux, tu reviendras ici une fois que tu auras l’argent, proposa-t-il en rendant l’arme d’or. Je te la donnerai au même prix.

- Ouais ouais, on va faire comme ça.

 

Micku quitta enfin le passionné pour pouvoir regagner sa chambre. Après avoir trouvé la porte numéro cinq, il tourna la clé dans la fente et découvrit son lieu de repos pour la nuit. La première chose qui frappa sa rétine, c’était le lit décoré d’une couverture remplie de pâquerettes multicolores. Les fenêtres possédaient quant à elle des rideaux châtaigne qui bloquaient à merveille les projections de l’astre solaire. Il y avait également un petit bureau de bois clair où était posé un pot dont les fleurs semblaient réelles jusqu’au moment où le hérisson toucha les pétales de l’une d’entre elles. Enfin, il remarqua également une table de nuit installée tout près de la couche, supportant une lampe et une radio. Il posa son épée contre celle-ci et s’allongea sur le matelas pour soulager son dos qui en avait grand besoin.

 

Le soir venu, après avoir fait une longue sieste et mangé son repas offert avec la chambre, Micku resta dans sa chambre pour écouter la radio. Entre temps, la femme de l’aubergiste était passée pour récupérer les affaires du hérisson et ce dernier était maintenant vêtu d’un pyjama à carreaux verts et blancs. Après ça, il avait passé une bonne partie de la soirée à réfléchir avec sa partenaire sur la prochaine destination. Natalia se rappela que, la nuit dernière, Micku avait fait le lien entre l’ancienne capitale du Royaume d’Onyra et la capitale actuelle de Modénis. Elle lui demanda alors s’il pouvait donner quelques précisions supplémentaires à ce sujet. N’étant pas sûr de pouvoir l’éclairer davantage à ce sujet, il essaya en se remémorant les vagues souvenirs des cours d’histoire que sa mère lui avait enseigné. Cette ville était autrefois une belle cité, cœur de cette monarchie déchue, dont il ne restait plus que le château à ce jour. Le hérisson ne l’avait encore jamais vu de ses propres yeux, mis à part avec quelques photos dans les livres de son enfance, mais cet endroit était maintenant devenu un lieu de tourisme important et l’un des plus grands vestiges de l’histoire de ce pays. En plus de cela, un grand musée a été construit afin de conserver de nombreux objets liés au royaume et les archives de certains documents importants.

Malgré la mémoire un peu floue de Micku, la hérissonne spirituelle avait un air à la fois intéressé et nostalgique pendant son écoute.

 

- Je pense qu’il serait judicieux de nous rendre à cet endroit, suggéra Natalia.

- Ouais… sauf qu’il y a un petit problème.

- Lequel ?

- Onyra, c’est à l’autre bout du pays. À pieds, il nous faudrait des semaines pour arriver là-bas

- Hmm, je vois… Dans ce cas, pourquoi ne pas demander à quelqu’un de nous y conduire ?

- Facile à dire… On pourrait prendre un taxi mais j’imagine pas le prix du voyage. En plus, j’aurais plus de chance d’être amené chez les flics en tant qu’ado errant que d’arriver à Onyra sans souci.

- En effet… Malheureusement, je ne vois pas d’autre alternative…

- On partira dans la direction de la capitale, décida Micku. Après, si on trouve quelque chose sur le chemin qui peut nous aider, on fera un détour. J’pense que c’est une bonne idée, ça…

- Je suis d’accord.

 

Il se redressa et s’étira tout en faisant attention à son dos. La musique jazzy qui passait à la radio commençait à le lasser peu à peu. Il tourna donc le bouton afin de changer de chaîne et avoir un son un peu plus rock’n’roll. Il se rallongea confortablement et une question lui vint à l’esprit.

 

- Mais après, on va y faire quoi, là-bas ?

- C’est à cet endroit que tout a commencé. Je pense donc que nous pourrions y trouver quelque chose qui nous permettra à l’avenir de vaincre Nécro.

- D’accord… mais, toi, tu ne suffis pas ? Genre, on trouve Nécro, je l’attaque avec toi et c’est fini, non ?

- Si cela était aussi simple, il y aurait longtemps que ton ancêtre l’aurait vaincu, Micku, lui répondit-elle avec une once de déception dans sa voix. Il faut que tu saches une chose au sujet de notre ennemi… Une information capitale, même… Il est immortel. C’est à cause de cela que l’anéantir n’est pas chose aisée.

- Génial… En gros, tu es en train de me dire que c’est déjà foutu d’avance, c’est ça ?

- Non, je garde espoir pour autant. Il existe toujours des solutions alternatives.

- Mais comment il a fait, mon ancêtre, alors ?

- La solution qu’il avait trouvée pour nous débarrasser du Sorcier Noir, ce fut de l’emprisonner dans une prison dimensionnelle grâce à l’aide d’un pendentif magique. À l’époque, nous pensions qu’il n’y aurait aucun moyen de briser le sceau… Jusqu’à aujourd’hui… Le sceau a dû se fragiliser avec le temps, je ne vois que ça.

- En gros, faudrait un autre machin magique pour l’emprisonner je-sais-pas-où encore une fois ?

- En cas de dernier recours, peut-être… Je ne pense pas que mettre en place le même plan serait une bonne chose. Nous ne ferions que de repousser l’inévitable à nouveau. De plus, il ne nous laissera jamais faire cela une seconde fois.

- Ouais, évidemment… Un gars comme ça ne peut pas être aussi con…

- Et nous avons également un autre souci… L’épée ne possède plus sa puissance d’antan. Je suis restée dans un profond sommeil pendant mille ans et la force des Runes n’est plus aussi présente. La lame est encore capable de purifier les êtres corrompus… mais je ne pense pas que cela soit le cas pour la source de leurs pouvoirs… Néanmoins, je suppose qu’il en va de même pour Nécro, ce qui nous laisse plus de temps pour trouver une solution.

 

Le jeune garçon espérait énormément que l’hypothèse de sa compagne était juste. Il était capable de vaincre les Fangers et de tenir tête face à Kira mais s’il devait combattre le Sorcier Noir, il voyait déjà l’affrontement perdu d’avance. Avant qu’il n’ait le temps d’imaginer une telle situation, il remarqua que la musique avait cessé afin de laisser place aux informations locales. Il était parti pour changer la station mais les propos de l’animateur le stoppèrent dans sa lancée. Ce dernier parlait d’une vague d’enlèvement qui aurait eu lieu au Village des Esprits, situé en plein milieu des Montagnes Brumeuses, au sud-est d’Atagnan. Les autorités du coin étaient encore incapables d’identifier clairement le ou les coupables mais ils possédaient néanmoins un indice. À chaque endroit où un individu disparaissait mystérieusement, il y avait des traces de griffe anormalement grandes. Certains villageois pensaient que cela était l’œuvre d’une créature encore inconnue mais les enquêteurs penchaient plutôt sur l’hypothèse d’un hybride aux griffes surdéveloppées.

Pour Micku, cela ne pouvait être que des Fangers. Il se tourna donc vers l’esprit et lui annonça fièrement :

 

- Bon bah, on connaît notre prochaine destination, maintenant !

 

Elle se contenta de hocher la tête puis disparut lorsque le hérisson eut l’envie de s’endormir. Il éteignit poste et lumière, se mit sous sa couette et ferma les yeux pour plusieurs heures.

Le lendemain matin, il quitta le monde des rêves un peu plus tôt que d’habitude et donc avec beaucoup de mal. Il se força néanmoins à sortir de son lit rapidement pour prendre son petit-déjeuner. En passant à côté du petit bureau, il remarqua que ses vêtements étaient posés dessus, pliés et propres. La femme de l’aubergiste les avait sans doute mis là lorsqu’il était encore endormi. Il en profita donc pour retirer son pyjama qu’il ne trouvait pas vraiment à son goût et remettre quelque chose qui lui était un peu plus confortable. Son mal de dos s’était un peu adouci mais semblait encore présent lorsqu’il se baissait pour mettre ses baskets blanches. Il fit donc bien attention et, une fois prêt, quitta sa chambre qu’il ferma à clé, laissant Natalia seule à l’intérieur et se dirigea vers l’escalier.

Lorsqu’il descendit les marches, il entendit ce qui semblait être une dispute entre les gérants et un inconnu. Il s’arrêta, se cacha légèrement et écouta attentivement la conversation.

 

- Mais puisque je vous dis que vous serez remboursé ! Veuillez-vous calmer et patienter, je vous prie ! ordonna l’aubergiste, légèrement mal à l’aise.

- HORS DE QUESTION !! hurla le client mécontent en frappant le comptoir du poing droit. Je veux mon argent MAINTENANT ! Le lit était pas assez confortable et la bouffe était dégueulasse ! Une HONTE !!

- Écoutez… Je vais vous rembourser mais je dois d’abord m’occuper d’autres cli…

 

Il n’eut le temps de finir sa phrase à cause de coup qu’il reçut dans la joue droite qui le mit violemment au sol. Sa femme, paniquée, accourut jusqu’à lui pour l’aider à se relever pendant que l’imposant hybride loup se fit encore plus insistant en tapant le bois. Micku jeta un rapide coup d’œil et remarqua le sang qui sortait d’entre les lèvres du pauvre moustachu, chose qu’il désapprouva catégoriquement. Il quitta l’escalier et interpella le canidé de la manière suivante :

 

- Hé, connard !

 

Il tourna la tête rapidement et lança un regard féroce en direction du hérisson qui le pointait du doigt. On pouvait voir les veines ressortirent au niveau de son front.

 

- Touche au vieux encore une fois et c’est moi qui vais te péter les dents !

 

La réponse qu’il reçut fut un grognement faisant trembler les aubergistes alors que le jeune garçon garda son calme. L’expression courageuse et déterminée qu’il montrait sur son visage était différente du léger sentiment de doute qu’il avait au fond de lui. La masse musculaire fit un pas et la douleur dorsale de Micku revint soudainement, le laissant échapper une nouvelle injure.

 

- M-Merde… Ouaiis bon, ça te dit de remettre ça à plus tard ?

- Q-Quoi… ? lâcha-t-il, perdu.

- Je vais juste faire une sieste de genre une heure et, après, je reviens pour te casser la gueule. On fait comme ça ? Cool.

 

Il se fit demi-tour et gravit les marches lentement pour ne pas accentuer la douleur. Le loup, énormément vexé, prit une table au niveau du pied, la souleva à une main et la jeta en utilisant toute sa force. Le meuble défonça la rembarre au passage et le hérisson bleu ciel percuta le plancher avec son dos à cause de la surprise. Pendant qu’il souffrait le martyr, son agresseur laissa ces derniers mots afin de clore ce chapitre :

 

- Tu restes ici… Valdera…

Publié dans:Modern Knight |on 28 février, 2016 |Pas de commentaires »

Modern Knight – Chapitre 4

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Avec de la fumée sortant encore de la paume de sa main droite, un faucon orangé volait au-dessus de Micku. Il adressait à ce dernier un visage montrant une détermination sans faille. Il croisa ensuite les bras et se posa sur la branche d’un arbre qui tenait encore debout pendant que le jeune Valdera se relevait tout en le fixant avec un regard légèrement menaçant. Le jeune homme en hauteur ricana légèrement face à cela et ouvrit à nouveau le dialogue :

 

- Franchement, je vois vraiment pas pourquoi Maître Nécro s’inquiète à ton sujet… Tu as pas l’air si fort que ça…

 

Micku se contenta de l’ignorer pour discuter avec sa partenaire.

 

- Nat’, je crois qu’on a trouvé la vraie cause de ce foutu bordel.

- Effectivement… Surtout, reste prudent. Tu n’es pas forcé de l’affronter, la fuite peut être une alternative intéressante… Voire, la plus envisageable.

- Euh tu parles tout seul ? demanda l’oiseau de feu, perdu.

- À mon avis, il doit voler assez vite donc, ça va pas être facile de le faire, continua le hérisson sans se préoccuper de son ennemi.

- Je suis encore là, tu sais…

- Il y a des chances, oui, répondit l’esprit. Raison de plus de ne pas tenter quelque chose d’insensé…

- Je verrais bien en fonction de…

 

Une nouvelle sphère de flammes passa juste à côté de son visage, le coupant dans sa phrase. Le faucon pyrurgiste semblait assez énervé d’avoir été mis de côté de la sorte mais il avait à nouveau gagné l’attention du jeune héros.

 

- Dis, tu pourrais être un peu plus poli et attendre ton tour, s’il-te-plait ? lança Micku, légèrement blasé.

- Comment ça ?! Faut que je sois plus poli alors que tu m’ignores complètement quand je te cause ?!

- Bah, j’étais en pleine discussion donc, ouais.

- Hein ?! Mais tu te fous de ma gueule, tu parlais tout seul !!

 

L’épéiste se souvint que Natalia lui avait spécifié qu’elle pouvait uniquement communiquer avec lui par la pensée, ce qui expliquait pourquoi l’homme de plumes n’avait pas pu l’entendre. Au lieu de s’expliquer, il préféra ne rien dire et le laisser dans l’ignorance. Le faucon tenta tant bien que mal de reprendre son calme afin de retrouver un peu de sa contenance. Une fois cela fait, la conversation reprit une tournure on ne peut plus adaptée à la situation.

 

- Bon, vu que tu es le seul pyromane ambulant dans le coin, j’ai pas besoin de demander si c’est bien toi qui a cramé cette forêt, affirma le hérisson bleu. Du coup, je vais être bref : t’es qui, au juste ?

- J’attendais que tu poses cette question, justement. Après tout, peu de personnes ont pu avoir l’immense honneur de m’avoir en face d’eux.

- « L’immense honneur », tu dis ? dit-il, moyennement convaincu.

- Bien entendu ! Sache que tu as devant toi l’unique bras droit de Maître Nécro ! Le grand ! Le magnifique ! Le génialissime Ki…

 

Ne supportant plus son poids d’avantage, la branche se brisa sous ses pieds et il chuta tout en hurlant la fin de son nom, accompagné de sa crédibilité. Son dos rencontra le sol en premier et il se cambra de douleur par la suite. Son interlocuteur se demanda si ce faucon était vraiment une réelle menace en le voyant se ridiculiser de la sorte. Sa dévouée partenaire lui rappela néanmoins de rester vigilant parce qu’elle ressentait une immense force en cette pauvre personne et qu’il pourrait bien cacher son jeu. Cela n’avait malheureusement pas réussi à convaincre Micku qui préféra se moquer de lui ouvertement :

 

- Bon, j’avoue, tu avais raison. Quel honneur d’avoir en face de moi le grand « Kiraaaaaaaaah ».

- LA FERME, OK ?!! hurla le dénommé Kira, tout en se relevant soudainement.

- Ooh, un problème ? Je comprends pas, tu es pourtant face au modeste Micku Valdera. Tu ne devrais pas te vexer pour ça, normalement.

 

Le faucon sans bec s’énervait de plus en plus, serrant à la fois les poings et les dents, prêt à bondir sur lui à n’importe quel moment. Mais le jeune épéiste n’y prêta pas attention et continua son léger discours, haussant les épaules tout en fermant les yeux :

 

- Bref, écoute, le poulet rôti, j’ai pas que ça à faire donc, tu vas gentiment te laisser faire et…

 

Ses paupières se rouvrirent et il put voir que Kira s’était propulsé avec ses ailes pour foncer sur lui à toute vitesse, l’avant-bras droit entièrement entouré de flammes, tout en criant :

 

- NE M’APPELLE PAS COMME ÇA !!

 

La surprise fut telle que Micku n’avait plus le temps pour tenter une esquive. Il se prit un coup de forte ampleur au niveau du diaphragme, ce qui le força à cracher sa salive au passage. Il fut ensuite projeté contre un arbre qu’il percuta avec une violence équivalente à ce qu’il venait de recevoir et tomba au sol. Il eut énormément de mal pour récupérer son souffle, posant sa main droite sur l’impact de l’attaque, encore fumant. Il se dit finalement que Natalia avait raison lorsqu’elle lui disait de rester attentif à ce qu’il pourrait se passer. Ce n’était que lorsqu’il reprit une respiration normale qu’il se rendit compte qu’il n’avait plus son épée en main. Il se releva difficilement, la douleur crispant son visage, pour la chercher autour de lui et l’aperçut non loin de l’endroit où il se tenait debout tout à l’heure. Avant qu’il puisse aller la récupérer, le volatile revint à la charge, plus déterminé que jamais à lui faire mordre les quelques cendres que l’on pouvait trouver dans l’herbe. Cette fois-ci, il avait ses deux membres enflammés mais l’Élu put esquiver son offensive au dernier moment. Les coups s’enchaînèrent assez rapidement tandis que la cible reculait afin de les éviter, se dirigeant peu à peu vers son arme. Lorsqu’ils furent proches de cette dernière, Kira lança une boule de feu à côté pour que l’explosion la projette un peu plus loin, laissant toujours Micku sans défense. Commençant à en avoir assez, il profita d’une ouverture pour donner un violent coup de genou dans le ventre de l’oiseau pour ensuite courir jusqu’à Natalia le temps qu’il se ressaisisse. Il la récupéra une fois à nouveau à portée d’elle et son adversaire se précipita dans sa direction à une vitesse folle. Il donna un coup horizontal pour le stopper dans sa course et le faire reculer.

Ils se regardèrent dans les yeux avec chacun un regard de braise. Pendant que le faucon montrait aucun signe de faiblesse, le hérisson était assez essoufflé, les deux violents coups qu’il avait reçus lui faisant encore mal. De plus, la chaleur ambiante causée par les flammes devenait de plus en plus insupportable. Le corps légèrement tremblant, il posa son poing gauche sur son t-shirt à l’endroit où il avait reçu l’attaque enflammée qui avait laissé une légère marque grise sur le tissu blanc. Voir son adversaire dans un tel état de fatigue le fit ricaner quelques instants.

 

- Bah alors, c’est ça le fameux nouveau héros ? s’interrogea Kira. Maître Nécro avait raison, tu sais même pas te battre correctement avec cette épée !

- Que veux-tu… Il faut un début à tout…

- Nan mais, sérieux, regarde-toi ! Je t’ai touché qu’une fois et tu tiens à peine debout ! Abandonne, ça sert à rien de continuer.

- Ça te ferait trop plaisir si je faisais ça…

- Pourquoi insister ? Tu avais promis à cette femme de sauver sa famille, non ? Pas de m’éliminer.

- Comment t’es au courant de ça, toi… ? demanda-t-il, légèrement surpris. Tu nous as espionnés ?

- Je survolais la forêt à ce moment-là. Je t’ai vu discuter avec elle après avoir buté mon pote la créature. Après, j’ai pas écouté… Pas envie d’entendre la comédie de la vieille.

- Hein ? Quelle comédie ?

- Ah ! Parce que t’as cru à ses histoires, en plus ?! Putain, en plus d’être un abruti, tu es naïf…

- Tu vas causer, ouais ?!

- Avant que t’arrives et qu’elle se fasse attaquer, elle était prête à se barrer sans son mari et sa fille. Disons que tu lui as rendu service quand tu lui as sauvé la vie. Mais après, ça se voyait qu’elle jouait la comédie pour faire plaisir au héros que tu es… Mais elle en avait rien à foutre de vous. Elle t’a fait croire qu’elle allait appeler les secours mais elle a pris la voiture pour se barrer le plus loin possible, abandonnant tout derrière elle. Elle va sans doute se refaire une nouvelle vie, maintenant mais ça, j’en ai rien à foutre.

- Tu dis de la merde…

- Ah oui ? T’as pas trouvé sa réaction un peu trop théâtral, toi ? Elle avait pas trop l’air traumatisé par ce qui lui était arrivé, en plus… J’imagine qu’elle voulait surtout se barrer loin d’ici avant de penser à tout ça.

 

En se remémorant cette scène, il se dit finalement que la réaction d’Elia Dorel n’était pas du tout naturelle, comme si cela cachait quelque chose. Ses raisons l’importaient peu car, quelles qu’elles soient, elle venait d’abandonner sa famille en prenant la fuite. Il se pourrait même que cette dernière soit encore en danger, voire pire. D’autant plus que le père était gravement blessé, ayant perdu une de ses deux mains. Sa priorité était donc de faire tout son possible pour rejoindre les autres. Malheureusement pour lui, le faucon ne souhaitait pas le laisser partir où que ce soit. L’expression de son visage montra fièrement sa volonté d’enflammer le hérisson et de l’entendre souffrir.

Alors qu’il réfléchissait à un plan pour retourner auprès des gens qu’il venait de sauver auparavant, plusieurs petits bruits détournèrent l’attention des deux combattants. Ils posèrent leurs yeux dans la direction des sons et virent deux oisillons, seuls dans leur nid, laissant échapper des chants d’affolement pendant que les flammes se propageaient. Avant que Micku puisse se demander où était leur mère, cette dernière arriva chez elle à toute vitesse pour rejoindre ses petits. Elle les rassura quelques instants et semblait les inciter à s’envoler avec elle. Elle s’éleva légèrement au-dessus du nid et ses enfants firent de même en battant difficilement des ailes. L’épéiste pensa qu’ils ne devaient avoir appris à voler que depuis quelques jours. Cette scène l’incita encore plus à faire son maximum pour sauver le père et sa fille mais lui rappela surtout le bon temps qu’il passait en compagnie de ses parents, ce qui fit apparaître léger sourire sur son visage.

Kira le remarqua et ne comprit pas vraiment pourquoi il semblait si nostalgique en voyant ces oiseaux. C’est alors qu’une idée lui traversa l’esprit et ses lèvres s’étirèrent légèrement, laissant apparaître un air sadique. Il prépara une grosse sphère de feu dans sa main droite et Micku le remarqua une fois celle-ci prête. Il l’envoya avant que le hérisson puisse faire quoi que ce soit et elle engloutit les trois moineaux avant de s’écraser contre l’arbre où se trouvait leur nid. Ils tombèrent dans l’herbe, calcinés et sans vie, sous les yeux abasourdis du jeune homme. Quant au faucon, il éclata de rire d’un air fier et satisfait avant de dire :

 

- Tu verrais ta tête !! On dirait presque que j’ai tué ta mère, sérieux ! T’avais l’air si heureux de voir ces oiseaux que je me suis dit que les griller pour toi te ferait énormément plaisir ! Surtout, ne me remercie pas !

 

Le jeune Élu posait toujours son regard sur les petits animaux sans rien dire et sans que Kira puisse voir à nouveau l’émotion que son visage pouvait transmettre. Il ne bougeait plus d’un pouce, laissant la pointe de son épée toucher le sol.

 

- Bah alors, Valdera, tu vas chialer ? ajouta l’oiseau de feu. Allez, relax, ce ne sont que des moineaux.

- … Non… C’était bien plus que cela… dit Micku tout en serrant le poing. Dis voir… Toi et ton maître à la con…

 

Il lui lança un regard enragé avant de hausser soudainement la voix.

 

- Combien de familles vous allez encore détruire ?!

- De familles ? J’vois pas le rapport, là.

- C’était peut-être que de vulgaires animaux sans importance pour toi… Mais moi, ce que je voyais, c’était une mère qui était venue au secours de ses petits pour les rassurer à cause du bordel que t’as foutu ! Et encore, ça, c’est rien par rapport à ce que vous avez fait avant…

 

Il le pointa du doigt avec la même haine.

 

- Sache une chose, le piaf ! Un Valdera ne reste pas agenouillé face à l’adversité et la tristesse ! Il se relève, garde la tête haute et se bat jusqu’au bout ! Alors, au nom des innocents qui sont morts à cause de toi… je vais te buter.

 

C’était au tour du faucon de poser le regard sur le sol. Micku se demanda rapidement pour quelle raison mais préféra se préparer en cas d’offensive surprise. Il fit le nécessaire pour oublier la douleur afin de pouvoir se battre correctement. Kira tremblait légèrement, les poings fermés, ce qui intrigua finalement le hérisson. D’une voix peu rassurante, il ne prononça que quelques mots à ce dernier :

 

- Ne… Ne…

 

Son bras droit s’embrasa plus intensément que pour sa précédente attaque et il se propulsa à nouveau vers son ennemi grâce à ses ailes. Sa rage était beaucoup plus expressive que celle de Micku, que ce soit sur son visage ou dans le ton de sa voix.

 

- NE M’APPELLE PLUS JAMAIS COMME ÇA !!!

 

L’épéiste regarda le missile de flammes foncer droit sur lui. Il ne savait pas vraiment comment contrer une attaque de ce genre mais une chose était sûre : s’il se la prenait à nouveau de plein fouet, il ne se relèverait pas. Il n’avait plus le temps de réfléchir à une bonne stratégie. Il se devait d’agir rapidement alors que Kira était de plus en plus proche. Pensant ne pas avoir le temps d’attaquer avec son épée, il se contenta de donner un puissant coup de pied, espérant très fort que cela puisse réussir. Alors qu’il allait recevoir le poing ardent dans le visage, sa tentative fut couronnée de succès. Le faucon reçut la basket droite du bleu directement dans son nez, l’écrasant au passage, et son coup fut dévié pour frôler légèrement la joue de Micku qui s’en tira avec une petite brûlure. Arrêté en plein dans son élan, Kira posa ses pieds sur terre et ses mains sur la zone de l’impact, criant plusieurs injures au passage. Son adversaire en profita pour frapper son abdomen avec le genou, enchaînant ensuite avec un uppercut dans la mâchoire. Lorsque l’homme à plumes s’était ressaisi, il n’eut que très peu de temps pour remarquer le coup horizontal donné avec l’épée et reculer pour l’esquiver mais la pointe réussit néanmoins à traverser le long de son torse.

La coupure naissante n’était pas vraiment profonde mais donnait une horrible sensation de brûlure. La douleur était à la limite du supportable et l’idée qu’une blessure puisse avoir le même effet qu’une de ses flammes l’irritait au plus haut point. Lorsqu’il vit la charge du hérisson, il s’envola pour ne plus recevoir un seul de ses coups. Une fois hors de portée, il lança une multitude de sphères de feu sur lui. Micku courut dans tous les sens pour pouvoir les esquiver mais cela devenait de plus en plus compliqué vu que les projectiles laissaient des restes de flammes à chaque impact. Commençant à en avoir assez de ne pas le toucher, il prépara deux boules encore plus grosses et visa sa cible avec la plus petite. Le jeune Valdera fit un saut de côté mais il s’écroula sur le sol à cause de l’explosion. Malgré le fait que la fumée l’empêchait de voir correctement, Kira envoya sa dernière sphère au même endroit. Il s’attendait à voir son corps sans vie carbonisé une fois celle-ci dissipée mais il n’y avait rien. Il chercha donc dans les environs une quelconque trace de lui.

Micku, encore en vie, reprenait sa respiration derrière un rocher qui se trouvait non loin de l’endroit où il était tombé. Il remarqua qu’un bout de sa veste était en train de prendre feu et la secoua rapidement pour l’éteindre. Étant à l’abri, il pouvait enfin réfléchir à une stratégie. Il avait très bien compris que tant qu’il était dans les airs, il était impossible pour lui de le toucher. Il devait donc trouver un moyen de le faire redescendre sans qu’il ne se doute de rien. Il réfléchit un long moment sur son ennemi et se rappela de ses réactions lorsqu’il lui avait donné certains surnoms. Le côté susceptible de Kira était pour lui la clé de la victoire et Natalia aiguillait son maitre sur la même voie. Alors qu’il construisait petit à petit son plan, le faucon vit le morceau du ruban accroché à l’épée au manche d’or dépasser de derrière l’énorme caillou. En très peu de temps, il forma une boule de feu avec ses deux mains pour ensuite la jeter sur la pierre. L’esprit la repéra, prévint l’épéiste et ce dernier se releva rapidement avant que sa cachette n’éclate en morceaux.

Il courut jusqu’à un point précis où il s’arrêta pour y planter son arme dans le sol. Il hurla ensuite à son adversaire :

 

- Hé, le poulet rôti !

- A-Arrête de m’appeler comme ça !! ordonna le faucon avec colère.

- Franchement, t’as déjà appris à viser ? Ça fait je sais pas combien de boules que tu essayes de m’envoyer à la gueule et t’as jamais réussi à me toucher. Faudrait que tu prennes des cours, le piaf.

- Mais tu vas te taire ?!!

- Ooh ? J’ai touché un point sensible avec ta façon de viser ? Ou alors, peut-être que tu n’aimes pas les surnoms que je te donne. Tu préfères « Abruti » ? « Sac à merde » ? « Pigeon de feu » ? Ah mais oui, c’est bien ça, « Pigeon de feu » ! Je vais t’appeler comme ça, maintenant.

 

Kira n’arrivait plus à supporter les propos désobligeants du hérisson. Il hurla de toutes ses forces pour faire évacuer sa rage, enflamma son bras droit et fonça droit sur lui. Micku le pointa du doigt avec un sourire victorieux avant de rajouter :

 

- Et là, tu vas dire : « Enfoiré, tu vas vraiment crever, cette fois ! »

- ENFOIRÉ, TU VAS VRAIMENT CREVER, CETTE FOIS !!

 

Entendre la phrase qu’il allait prononcer lui laissa un léger sentiment de surprise qui fut très vite effacé par sa colère noire. Il s’approchait de plus en plus mais cela ne semblait pas effrayer le jeune Élu. Il restait immobile, gardant toujours la même expression, mais lorsque l’oiseau de feu mit son poing en avant pour le frapper, il se laissa tomber sur le sol pour l’esquiver. Son coup alla donc se loger dans le trou qu’avait créé le Fanger avec ses griffes et traversa le tronc d’arbre pour sortir de l’autre côté. Il tenta à plusieurs reprises de libérer son bras de sa prison naturelle, sans succès. Lorsqu’il sentit une main attraper l’arrière de son crâne, il fit un petit sursaut avant d’entendre la voix de Micku qui s’était relevé entre temps.

 

- Prends ça comme une vengeance de la forêt… Pigeon de feu.

 

Il frappa l’écorce à deux reprises avec le crâne du faucon puis recommença une troisième fois avec beaucoup plus de force, le mettant dans un état de confusion total. Du sang coulait de ses narines et de sa bouche pour aller jusqu’à son menton où il tombait lentement dans l’herbe. Pendant qu’il était sonné, le garçon aux mitaines rouges en profita pour récupérer son épée. Il prit le manche de cette dernière avec ses deux mains et se mit derrière lui, sa lame pointant son dos. Au moment où il allait porter sa dernière attaque, l’hybride orangé créa inconsciemment une boule de feu dans sa main gauche et, une fois qu’il reprit à peu près ses esprits, il frappa le chêne avec. Une grosse explosion se produisit lors du contact et le souffle fit reculer Micku tout en le faisant chuter. Kira se tourna vers lui pendant que l’arbre s’écroulait derrière lui. Il était fortement blessé au niveau de son membre où plusieurs morceaux de bois s’étaient plantés dans la chair lors de sa libération. L’épéiste avait également reçu une grosse écharde dans la joue droite qu’il retira en serrant les dents pendant que son ennemi s’approchait de lui, tenant son épaule, toujours déterminé à en découdre. Il voulut se relever mais son mal de dos n’était pas du même avis, ce qui le laissa pousser un petit gémissement de douleur. Une fois proche de lui, le faucon mit la paume de sa main vers son visage et les flammes sortirent petit à petit pour se réunir en un même point.

 

- Tu m’as bien fait chier… mais là, je te louperai pas…

 

Le feu dans sa main s’intensifia assez rapidement jusqu’à obtenir une taille équivalant à une boule de bowling. Il s’apprêtait à la projeter mais il fut arrêté dans son mouvement par une voix qui lui était familière. Cette dernière lui ordonna de reculer sur-le-champ. Il s’exécuta en faisant un saut en arrière et la lame de Micku passa en dessous de ses jambes. Il fut d’ailleurs surpris de voir que Kira avait réussi à sentir son attaque. Il s’écarta un peu plus afin d’être un minimum à l’abri pour parler soudainement tout seul.

 

- Maître ? Y’a un problème… ? Q-Quoi ?! Mais pourquoi ?!

 

Le hérisson bleu fut perdu devant une telle scène mais il comprit rapidement qu’il parlait avec le Sorcier Noir à distance. Il ne pouvait pas l’entendre mais cela ne l’intéressait pas du tout. Il profita donc de ce moment pour tenter de se relever avec l’aide de son épée. Ce fut laborieux mais, à force d’effort, il y parvint. Il eut du mal à tenir en équilibre sur ses deux jambes au départ alors que le faucon continuait son semi-monologue.

 

- Mais Maître, il arrive presque pas à tenir debout ! Je peux le finir rapidement… Je… Désolé, Maître… Je vois… J’comprends mieux, ouais… Bien, Maître…

 

Il ne savait pas s’il avait fini de discuter avec son maître ou non mais il se prépara à lancer une nouvelle charge sur lui. Malheureusement, il s’envola à nouveau pour l’éviter.

 

- Tu as de la chance, Valdera, annonça Kira. Mais la prochaine fois, je te buterai pour de bon !

- H-Hein ? Hé ! Reviens-ici, j’en ai pas fini avec toi !

 

L’oiseau partit en direction du sud, fuyant le combat. Le jeune héros allait le poursuivre mais un arbre tomba juste en face de lui, lui bloquant le passage. À cause de leur affrontement, l’incendie était devenu beaucoup trop présent dans la forêt. Natalia ordonna presque de battre en retraite pour retourner auprès de la famille qu’il avait sauvée. À contrecœur, il s’en alla dans la direction opposée. Heureusement pour lui, le feu ne s’était pas entièrement propagé sur le chemin qu’il avait emprunté en venant, ce qui le rendait encore praticable. Il dut néanmoins prendre une déviation car le feuillage d’un arbre l’empêchait de continuer. Au fond de lui, il commençait à stresser. Pas parce qu’il pourrait se retrouver bloqué dans la forêt et y passer ses dernières minutes dans les flammes, non. Il était surtout inquiet pour la petite fille et son père manchot. Mais il utilisa sa légère panique pour que sa volonté de sortir vivant grandisse.

Plusieurs minutes après, il réussit à sortir de la zone dangereuse et s’en éloigna le plus possible. Au même moment, deux hélicoptères passèrent au-dessus de lui et commencèrent à verser de l’eau pour calmer l’incendie. Il profita de l’air pur pour reprendre son souffle tout en regardant autour de lui. C’est alors qu’il remarqua plusieurs camions de pompiers garés à quelques mètres de l’entrée de la forêt, là où il avait trouvé Elia avant qu’il ne parte sauver les autres. Les dires de Kira la concernant furent vérifiés car la voiture endommagée n’était pas présente. Le seul véhicule qui sortait du lot était une petite camionnette blanche qui n’avait visiblement aucun lien avec les soldats du feu. Micku ne voulait pas qu’on lui pose des questions concernant ce qu’il venait de se passer. Il posa donc son épée sur sa cuisse, le ruban s’accrochant indépendamment à lui, et commença à repartir en direction d’Atagnan. Cependant, il s’arrêta lorsqu’il entendit une petite voix aigüe au ton interrogatif. En se retournant, il vit la petite fille qu’il avait sauvée courir vers lui pour lui parler. Ne pouvant plus l’éviter, il l’attendit à contrecœur.

 

- Alors, monsieur ?! T’as battu les gros monstres ?!

- Qu’est-ce que tu fous là, toi… ? lui demanda l’épéiste. T’es pas avec ton père ?

- Il est actuellement en route pour l’hôpital de Nylieu, dans la région de Tannes qui est à côté.

 

Un homme d’une trentaine d’année vint vers eux. Il portait une veste légère blanc cassé avec, en dessous, une chemise marine. Des grosses lunettes de vue étaient accrochées à son cou à l’aide d’une petite corde noire et ses mains se trouvaient dans les poches de son jean bleu, les pouces en dehors, posés sur le tissu. Il regarda attentivement le hérisson avant de reprendre la parole :

 

- Hé bien… Je suppose que vous êtes le jeune garçon à l’épée dont elle me parlait.

- Euh ouais ? Vous êtes qui, en fait ?

- Ah oui, excusez-moi. Je m’appelle Mack Nicien. J’étais sur la route avec ma camionnette pour livrer du matériel à un atelier de la Hinker Corp. quand j’ai aperçu l’incendie. En passant à côté, j’ai vu cette petite en sortir avec son père. Vu l’état dans lequel il était, je suis sorti en courant pour l’aider. Le temps que l’hélicoptère des urgences arrive, il était tombé dans les pommes. Mais il devrait s’en sortir, ils sont quand même arrivés à temps.

 

Micku laissa échapper un soupir de soulagement. L’idée de revenir en apprenant la mort de cet homme lui aurait été insupportable.

 

- De ce que j’ai compris, c’est grâce à vous que cela a pu être possible, c’est ça ? demanda Mack.

- On peut dire ça, ouais.

- Si si, c’est lui ! s’exclama la petite fille à queue de cheval. Il a bloqué la patte du gros monstre avec son épée et il les a tous battu !

- D’ailleurs, en parlant de ça… C’est vrai, cette histoire de gros monstres… ?

 

Il n’avait pas vraiment envie de parler de ça plus longuement. Sa partenaire était également d’avis de les mettre à l’abri de cette histoire. Il inventa rapidement une histoire pour lui répondre :

 

- Hum… Non non, c’était juste des animaux sauvages… La fumée a peut-être donné des hallucinations à la p’tite.

- Oui, vous avez sans doute raison… Dans tous les cas, vous les avez sauvés et c’est le plus important. Son père vous est très reconnaissant pour cela.

- Ouais… Enfin, désolé d’écourter la conversation mais il faut que j’aille ailleurs, en fait.

- Dans votre état ? Vous plaisantez, j’espère ! Vous avez vu votre visage, au moins ? Il faut que l’on vous soigne !

- C’est rien du tout, ça… De toute façon, on m’attend quelque part donc, on pourra me soigner là-bas.

 

Il était sceptique face aux paroles du hérisson mais ne le retint pas plus que ça. Il leur demanda de ne rien dire à son sujet et les salua une dernière fois avant de se retourner et de reprendre sa route. Mais la jeune enfant lui courut après et attrapa le bout de sa veste pour qu’il reste encore, ce qui l’agaça.

 

- Petite, faut vraiment que j’y aille alors, lâche-moi.

- Attends, monsieur ! Mon papa voulait que je te donne quelque chose pour te remercier !

 

Elle lui tendit un billet de cinquante modens, qui était la monnaie officielle du pays, mais j’imagine que vous aviez deviné cela. Il était à la fois surpris et gêné face à un tel geste de gratitude. Il repoussa doucement la main de la petite en disant :

 

- Nan, garde ça, j’fais pas ça pour le fric…

- Mais mon papa y tient ! Il savait pas comment te dire merci !

- Nan, vraiment, gardez votre argent, j’en veux pas…

- Acceptez, dit Mack avec le sourire. Vous n’allez quand même pas refuser le cadeau d’une petite fille.

- Mais… Bon, d’accord…

 

Il prit le billet tout en regardant ailleurs et la petite l’enlaça fort tout en le remerciant d’avoir sauvé son père. Il ne savait plus trop où se mettre tellement la gêne était grande en lui mais il se laissa faire quelques secondes avant de la repousser pour lui dire de rejoindre son tuteur temporaire. Il se dépêcha ensuite de reprendre la route vers sa prochaine destination tout en mettant son cadeau dans la poche de son pantalon rouge.

Publié dans:Modern Knight |on 7 décembre, 2015 |Pas de commentaires »

Modern Knight – Chapitre 3

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- Il est onze heures trente du matin et vous venez d’écouter « Want Like an Escalator » de The Hot Shorts. Je voulais faire passer cette musique depuis longtemps sur Petilum Radio car c’est une musique que j’ai découverte dans ma série préférée du moment dont la saison vient malheureusement de se terminer. Enfin, je ne vais pas vous embêter plus longtemps avec ça car, bientôt, ce sera l’heure de votre rendez-vous du midi où sept d’entre vous pourront remporter de nombreux lots ! Mais avant ça, voici « Je prie » de Mira Dargen !

 

Voici ce que l’on pouvait entendre sur la plupart des postes de radio de la région d’Amanys. Cette dernière était située au centre de Modénis et principalement spécialisée dans le domaine agricole. En effet, c’était au nord-est du territoire amanois que se trouvait le Centre des Gestions et des Recherches Agricoles qui contrôlait tous les champs du pays tout en tentant d’avancer dans le domaine technologique du monde de la houe avec l’aide de nombreuses entreprises nationales partenaires. Néanmoins, ce n’était pas la destination favorite des touristes, car les activités de loisirs ou de vacances y étaient rares. Malgré cela, les paysages d’or d’Amanys pouvaient amener à la contemplation.

Pour les nombreuses personnes qui se poseraient la question, Micku se trouvait au sud de la région, non loin des frontières de Tannes et de Loins. L’endroit où il se rendait avec précipitation était la Forêt de Corjac, une vaste étendue d’arbres dont le centre était également le point d’origine des limites des trois territoires nommés précédemment. Chacun possédait donc une partie de la zone verte. Natalia tentait d’analyser calmement la situation pendant que le hérisson continuait sa course effrénée. Elle sentait que la force maléfique se déplaçait rapidement, créant plusieurs sources flamboyantes sur son passage. Mais plus il y avait de flammes, moins l’esprit réussissait à sentir la présence de l’ennemi. Elle pensa que ces dernières étaient sans doute, elles aussi, enveloppées d’une aura sombre qui brouillait son esprit afin de cacher sa présence et qu’elle devait se rapprocher de plus en plus de lui afin de le localiser. Enfin, c’était surtout son maître qui devait faire cela pour elle, étant donné ne pouvait pas vraiment se déplacer selon ses désirs.

En ce qui concerne Micku, il ne pensait qu’à une seule chose : sauver ces pauvres innocents. Quelques gouttes se formaient au niveau de son front mais difficile à dire si cela était dû au fait qu’il se rapprochait de plus en plus d’une lourde chaleur ou au stress d’arriver trop tard. Il essuya rapidement le haut de son visage avec sa manche droite, se disant qu’il n’avait pas le temps de réfléchir à ça. C’est alors qu’il remarqua quelque chose au sujet de sa course. Effectivement, il avait oublié que son épée était encore accrochée à sa jambe, l’empêchant de courir correctement. Il s’arrêta donc, lâchant une injure au passage, afin que le ruban puisse stopper son étreinte, lui permettant de courir plus facilement et rapidement, arme à la main.

Une fois à la lisière, il remarqua au loin un monstre identique à ceux qu’il avait affronté une vingtaine d’heures auparavant. Il frappait à plusieurs reprises avec ses imposantes griffes une voiture violette où s’était enfermée une humaine d’âge mûr aux cheveux d’or. Les impacts étaient lourds, profonds et accompagnés par un cri strident venant de l’intérieur du véhicule. La créature semblait prendre du plaisir en écoutant sa proie demander de l’aide en hurlant de terreur. Mais le spectacle se stoppa net au moment où sa patte gauche traversa la fenêtre de la portière conducteur, s’arrêtant à quelques centimètres du visage de la pauvre femme dont le visage était couvert de larmes. Il la retira délicatement et fixa les yeux marron de la prisonnière avec un sourire angoissant. La bave coulait entre ses crocs et tomba sur le siège. L’humaine était au bord du malaise tellement son cœur frappait sa poitrine. Pile au moment où le monstre allait en finir en elle, il arrêta son attaque pour pousser un atroce cri de douleur. La blonde vit son agresseur s’écrouler sur le côté, laissant place au héros bleu qui venait de la sauver.

Elle sortit du côté passager et se précipita vers Micku. L’expression de son visage arrivait à fusionner reconnaissance et inquiétude. Elle lui adressa la parole en première tout en regardant à la fois la forêt derrière elle et le hérisson tout en tirant la manche de ce dernier, instinctivement :

 

- Oh Seigneur, merci de m’avoir sauvée ! Bon sang, j’espère que les autres vont bien !! Je vous suis infiniment reconnaissante, mon garçon ! Vite, il faut partir les sauver !! Vraiment, merci ! Sans vous, je serais… Oh non, j’espère qu’ils ne sont pas… Non, je ne veux pas !! Vous devez me venir en aide à nouveau, je vous en prie !!

 

Elle le prit par le col, poussée par la panique, ce qui le gêna légèrement. Il la poussa avec douceur et lui parla calmement afin de l’apaiser :

 

- Allez madame, du calme… Respirez doucement et expliquez-moi ce qui vous est arrivée.

- O-Oui, pardon… Mon mari et moi, nous avions décidés de pique-niquer dans la forêt avec notre fille de huit ans car elle avait eu des bonnes notes à l’école… Nous voulions juste la récompenser… Et donc, alors que nous étions en train de manger, j’avais senti comme une odeur de brûlé dans la forêt… Nous avions à peine remarqué que la forêt était en flammes que ces… ces monstres nous avaient déjà sautés dessus… Nous nous sommes enfuis tous ensemble dans la même direction… mais, pour je ne sais quelle raison, nous avons été séparés… Je suis arrivée la première à la voiture… J’ai hurlé leurs noms plusieurs fois, sans avoir de réponse… Enfin si, j’en ai eu une…

 

Elle pointa le cadavre de la créature qui disparut en fumée violette quelques secondes après qu’ils aient posé leurs yeux dessus. S’ensuivit un léger silence qui cessa rapidement face à l’effondrement de la quadragénaire, ses larmes coulant à flots. La voyant verser son désespoir par fines gouttelettes, son sauveur se sentit à nouveau gêné par la situation. Il se massa la nuque avec sa main gauche le temps de trouver quelque chose à dire. Une fois son texte en mémoire, il lui dévoila :

 

- Comment vous vous appelez, madame ?

- C-Comment… ? lui demanda-t-elle, surprise, en se tournant vers lui. Oh, c’est vrai que je ne me suis pas présentée… Je m’appelle Elia… Elia Dorel…

- Okay, Elia. Barrez-vous vous mettre à l’abri un peu plus loin. Pendant ce temps, j’irai chercher votre famille.

- V-Vous en êtes sûr ?! Je sais que je vous l’ai demandé mais vous ne devriez pas risquer votre vie pour moi… Je veux dire, vous êtes encore jeune, vous avez encore la vie devant vous… et puis…

- Votre fille est plus jeune que moi, nan ? Donc, si je suis votre logique, j’ai d’autant plus intérêt d’aller la sauver elle plutôt qu’à penser à mon propre cul.

 

Elle resta bouche bée face à sa réponse puis baissa les yeux, honteuse, pendant que Micku avança vers la forêt. Il reprit la parole :

 

- Ne vous inquiétez pas, je vais vous les ramener. Ces Fangers ne me font pas peur.

- Fangers… ? Ce sont leur nom ?

- J’en sais rien. C’est moi qui les appelle comme ça.

 

Ne voulant plus perdre d’autres secondes assez précieuses, il se précipita à l’intérieur sans laisser à Elia le temps de lui dire de faire attention à lui. Au lieu de ça, elle se mit sur le siège conducteur du piteux véhicule et s’éloigna tant bien que mal pour pouvoir appeler les secours en toute sécurité.

L’épéiste gardait une bonne allure, contournant les arbres et sautant au-dessus des grosses racines sur sa route. Il croisait également les nombreux animaux apeurés qui fuyaient les flammes, manquant de le percuter à plusieurs reprises. La plupart arrachait les branches sur leur passage, gênant le hérisson dans sa course. En suivant les indications de Natalia, il arriva enfin dans la zone dangereuse. Plusieurs arbres barraient leur chemin, la plupart s’étant écroulés à cause des flammes. En tout cas, c’était ce qu’avait conclu Micku en voyant les troncs carbonisés à leur extrémité. Pour franchir ces nouveaux obstacles, il bondit dessus un par un mais, lors de son dernier saut, un Fanger sortit d’un buisson et se jeta sur lui. Surpris, il bloqua le coup de griffe avec sa lame et tomba sur le sol, lâchant son épée au passage à cause du choc. La créature était décidée à ne pas le laisser se relever. À la seconde qui suivit celle où il avait posé les pieds par terre, elle sauta à nouveau sur le jeune homme qui venait tout juste de récupérer de sa chute. Ce dernier le remarqua et fit une roulade sur le côté pour esquiver et récupérer son arme au passage. Une fois débout, il fonça sur le Fanger pour lui donner un coup en diagonale. Il poussa un cri de douleur et répliqua avec un autre coup de griffe. Micku recula pour l’éviter mais il sentit quand même une légère douleur au niveau de la joue gauche. Il posa ses doigts dessus puis les regarda pour constater qu’il était en train de saigner légèrement. Natalia en profita pour lui rappeler de rester vigilent afin de ne pas être gravement blessé, ce qui agaça son maître. Le monstre griffu tenta une dernière offensive en se jetant sur son adversaire, la gueule grande ouverte. En guise de réponse, il reçut une lame qui le transperça depuis l’intérieur de la bouche. Le hérisson le dégagea de son épée en lui donnant un coup de pied dans le ventre. Le Fanger n’était plus.

Lorsqu’il regarda son bras droit, notre héros avait un léger sentiment de dégoût dans la bouche. Son membre était couvert de bave et d’un liquide violet qui semblait être le sang de sa victime. Mais le temps pressait, ce n’était pas le moment de se plaindre. L’esprit runique se concentra pour tenter de sentir la présence de la famille en détresse. Après deux petites minutes, elle les repéra et guida Micku vers le sud-est de la forêt. Cela devenait de plus en plus laborieux pour se déplacer entre les arbres en feu. De plus, certaines branches commençaient à tomber un peu partout, rendant la traversée encore plus difficile. L’une d’entre elles toucha le dos de la main gauche du hérisson lors de sa chute. Après une petite onomatopée douloureuse, il souffla plusieurs fois sur la brûlure pour tenter de réduire le supplice, sans succès. Mais il n’avait pas le temps de s’occuper plus longuement de cette blessure car le devoir l’appelait. Il entendit une voix d’homme appelant de l’aide un peu plus loin. Sa vitesse augmenta subitement et il arriva dans une grande zone d’herbe, entourée par les plus grands habitants de cette forêt.

Il retrouva enfin les personnes qu’il recherchait. Malheureusement, il retrouva également quelque chose qu’il aurait aimé ne pas revoir dans une telle situation. Deux Fangers avancaient doucement vers un homme à lunettes et une petite fille à couettes blondes. Ces derniers étaient à genoux contre un arbre, tremblant comme deux feuilles face aux créatures imposantes et n’ayant aucune échappatoire possible. Micku remarqua que l’un de deux monstres était en train de mastiquer une chose qu’il recracha au sol quelques temps après. Cela ressemblait à une main humaine dont il ne restait quasiment plus de chair sur les os. Le jeune épéiste observa attentivement le père pour remarquer qu’il perdait du sang en abondance à l’extrémité de son avant-bras gauche. En voyant les restes du repas, l’enfant hurla de peur, laissant ses larmes couler à flots et attirant l’attention du Fanger de droite. Pendant que son double était en train de retirer les morceaux de viandes qu’il avait, coincés entre ses dents, avec sa grosse griffe, il se mit en face de la petite, se préparant à l’attaquer. Voulant protéger sa progéniture, l’homme blessé se mit devant le prédateur. Le monstre laissa tomber sa patte sur le père qui ferma les yeux afin de ne pas voir le visage de la Mort lorsque cette dernière l’emporterait avec lui. Sa fille hurla son surnom et pensa que ce serait la dernière chose qu’il entendrait avant de partir. Il fit enfin le vide dans son esprit afin de se préparer à sa funeste destinée.

Le silence qui s’était installé dans sa tête fut brisé par un bruit étrange, comme si quelque chose ressemblant à du métal avait touché les griffes de la créature. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il vit Micku de dos qui était en train de retenir la patte du Fanger avec la lame de son épée. Son sauveur s’adressa au manchot, ne lui laissa pas une seule seconde pour réaliser qu’il était encore en vie :

 

- Qu’est-ce que vous foutez ?! Barrez-vous par là-bas, y’a votre femme qui vous attend !

 

Il fit un geste de la tête pour montrer la direction où ils devaient partir. L’homme le regarda, à la fois surpris et inquiet.

 

- Et vous… ?

- Quoi, moi ? Je suis plus important que la vie de votre famille, peut-être ? Pensez plutôt à votre survie à vous et à celle de votre fille plutôt qu’à celle d’un inconnu !

 

Le hérisson donna un coup de pied dans le ventre du monstre pour le repousser.

 

- Et puis, vous êtes manchot et vous pissez le sang. Vous pourrez pas m’aider à les combattre, dans votre état. J’ai pas besoin d’un bouclier humain et votre famille a besoin d’un père vivant. Alors, cassez-vous, tous les deux !

 

Il hésita encore quelques secondes avant de prendre sa fille par le bras avec sa main encore valide et de courir dans la direction qu’avait indiqué l’épéiste. Ce dernier se mit entre les Fangers et les fugitifs afin qu’ils ne puissent pas les poursuivre. Celui qui se curait les fossés dentaires se rendit enfin compte de la situation dans laquelle ils étaient lui et son frère. Il s’approcha de ce dernier pour lui parler dans une langue que Micku et Natalia ne pouvaient comprendre. Après leur discussion, ils hochèrent tous deux la tête puis poussèrent un cri vers le ciel tellement aigu que les oreilles du bleu ne supportaient point. Il fallut un petit instant de réflexion pour que l’esprit de l’épée puisse comprendre la situation.

 

- Oh non… Ils appellent du renfort…

 

À peine sa phrase était terminée qu’elle put ressentir l’énergie de leurs alliés. Ils arrivèrent dans leur direction à toute vitesse et l’un d’eux se jeta sur sa proie dès son arrivée. Natalia prévint son maître à temps pour qu’il puisse esquiver l’attaque en effectuant une roulade vers l’avant. Un autre monstre en profita pour tenter de lui planter ses griffes dans la tête mais il l’évita de justesse en se décalant sur la gauche. En se relevant, il regarda autour de lui. Il était encerclé par cinq Fangers, tous assoiffés de sang à en juger par la bave qui coulait depuis leur gueule. Celui qui s’était pris un coup de pied regarda Micku tout en grognant, prêt à bondir sur lui. En guise de réponse, il le pointa avec sa lame et lui dit avec le sourire :

 

- Okay! Time for Epic Battle!

 

Son premier adversaire se précipita sur lui en utilisant ses pattes et se jeta en avant, pointes de griffes prêtes à planter la chair du hérisson. Ce dernier fit un pas de côté pour esquiver et donna un coup d’épée horizontal dans le dos du monstre, tout en se retournant. Il poussa un cri de douleur en s’écroulant sur le sol mais il n’était pas fini pour autant. Le deuxième en profita pour se préparer à arracher la tête de sa proie avec ses crocs en l’attaquant par derrière. Malheureusement pour lui, l’esprit avait pu prévenir son maître à temps et il répliqua avec un coup de genou directement dans la mâchoire inférieure. Le Fanger se mordit la langue tellement fort qu’elle se coupa en deux et le morceau tomba au sol. Il poussa un hurlement assez puissant pour retranscrire la douleur qu’il pouvait subir. Mais l’épéiste abrégea ses souffrances en lui donnant un coup vertical qui le fit tomber en arrière, le laissant s’écrouler sur le sol, sans vie. Entre temps, le premier avait eu le temps de se ressaisir et il retourna au front, la gueule grande ouverte. Micku le remarqua et laissa afficher un léger sourire sur son visage avant de ramasser le reste du muscle de la main gauche.

 

- Bouffe-ça !!

 

Il jeta le morceau de viande directement à l’intérieur de sa gorge. La bête s’arrêta net dans sa course tout en s’étouffant. Il toussa à plusieurs reprises pour tenter de recracher le reste de son compagnon, mort au combat. Le hérisson se précipita pour en finir avec lui mais un autre Fanger lui barra la route, laissant l’autre s’écarter à nouveau du combat, ce qui contraria un peu notre héros. Son nouvel adversaire se mit en position, comme s’il allait disputer un combat de boxe sauf qu’à la place des traditionnels gants rouges, il possédait d’énormes pointes prêtes à entrer dans la chair tendre qu’il convoitait. Il donna son premier coup en direction de la tête mais Micku put l’éviter sans problème. Il enchaîna les cous assez rapidement pour que son futur déjeuner ne puisse trouver une ouverture afin de retourner la situation en sa faveur. La seule chose qu’il pouvait faire était de reculer petit à petit. Parfois, il les esquivait de justesse, ce qui lui fit perdre quelques cheveux au passage. Voir ces minuscules fils bleu ciel amena à la formation de nouvelles perles de sueur sur son visage qui s’ajoutèrent à celles qui étaient déjà apparues à cause de la chaleur ambiante. Alors que le hérisson se retrouva dans une impasse, plaqué contre un arbre, le monstre en profita pour préparer son prochain coup. Au dernier moment, Micku se baissa et l’ennemi planta sa patte dans le tronc en face de lui, se retrouvant donc coincé. Il mit toutes ses forces pour essayer de sortir de là mais ses efforts furent vains. La seule chose qu’il obtint, c’était une lame le traversant au niveau du ventre. Une fois retirée de son corps, la bête s’écroula, la patte toujours dans son arbre.

Micku planta son arme dans le sol, le temps de remettre sa veste correctement. Il remarqua au passage qu’un lacet d’une de ses baskets s’était défait. Il se baissa donc afin de refaire le nœud correctement, oubliant le combat pendant un court instant. Une fois ce petit souci réglé, il passa sa manche sur son front tout en se relevant pour en retirer la sueur. C’est alors qu’il remarqua que deux Fangers couraient dans sa direction afin de l’embrocher de part et d’autre. D’ordinaire, une personne se retrouvant dans une situation similaire commencerait à paniquer mais ce n’était pas son cas. À force de les combattre, il avait compris que leur intelligence était assez limitée. Il se contenta donc de reprendre Natalia calmement et de les regarder avec un air désintéressé, comme si de rien n’était. Lorsqu’ils étaient tous deux à un mètre de lui, prêt à l’avoir, il fit un saut sur le côté pour que chacun d’eux se retrouve avec la patte de son congénère entre les dents. Voyant la stupéfiante stupidité qu’ils pouvaient montrer, il ne put s’empêcher de rire quelques instants avant de bondir sur eux pour leur couper leurs membres. Il leur laissa ensuite que très peu de temps pour souffrir en les achevant avec de rapides attaques traversant leurs torses. Il ne restait plus qu’une seule bête violette et noire à terrasser. Elle venait tout juste de réussir à recracher le muscle qu’elle avait de coincé dans la gorge que le hérisson courait déjà dans sa direction. Poussant chacun un cri de guerre, ils frappèrent leur cible au même moment et les deux s’arrêtèrent subitement, dos à dos, séparés de quelques mètres. Alors que Micku s’en sortit qu’avec une grosse déchirure au niveau de sa manche droite, accompagnée d’une légère blessure, le tronc du Fanger tomba en avant, dissocié de ses jambes qui, elles, basculant en arrière.

Les cadavres disparurent en fumée violette qui se dissipa peu à peu dans l’air. Le combat se termina enfin sur la victoire de l’épéiste qui lâcha un léger soupir de soulagement.

 

- Une bonne chose de faite, pensa-t-il à haute voix. Enfin, vaut mieux pas traîner ici ou je vais finir en poulet rôti…

- Micku, attention, derrière-toi !!

 

Sentant de la détresse dans la voix de Natalia qui résonnait dans sa tête, il se retourna rapidement pour voir une boule de feu se diriger vers lui. Il commença à l’esquiver en faisant un plongeon en avant mais l’explosion le projeta quelques mètres plus loin d’où il voulait atterrir. Il se retrouva au sol sur le dos, quelques peu désorienté. Il frotta son crâne et la voix d’une nouvelle menace s’adressa à lui, amenant ses yeux à regarder vers le ciel :

 

- Alors, c’est toi l’abruti à l’épée qui fait peur à Maître Nécro ?

Publié dans:Modern Knight |on 8 septembre, 2015 |Pas de commentaires »

Modern Knight – Chapitre 2

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Au moment même où notre héros se défendait contre ces monstres, un autre événement primordial de notre histoire se déroulait. En effet, dans un lieu inconnu d’Éruna, loin du regard des autres, un homme aux noirs desseins complotait. Un être au cœur impur né il y a fort longtemps, manipulant les ténèbres les plus sombres. Son but, ses ambitions, il les possédait depuis des siècles. Néanmoins, un héros était parvenu à l’emprisonner pour que le monde ne soit plus menacé. Mais le sceau fut brisé par les flammes et il revint parmi les pauvres mortels. Fort heureusement, il n’avait plus sa puissance d’antan, le forçant à se cacher pour réfléchir à une nouvelle tactique pour parvenir à ses fins. Il avait compris les erreurs commises par le passé mais, pour lui, cela ne se reproduirait plus jamais. Son libérateur s’était joint à lui afin de l’aider dans sa quête. Cela s’était déroulé dix ans auparavant…

Le sorcier jouait une mélodie oppressante avec son orgue, tout en réfléchissant à la situation. Il pensait que rien ne pourrait l’arrêter, étant donné qu’il s’était débarrassé des potentiels obstacles, mais qu’il devait encore attendre que ses forces reviennent. Pendant ce temps, son allié lisait une bande dessinée, tout en mangeant des sucreries et en ne faisant plus attention à la terrifiante musique qui entrait dans son oreille, sans doute par habitude. Les notes s’enchaînaient dans une parfaite harmonie, à tel point que l’air se laissait écouter, malgré son côté menaçant, jusqu’au moment où elle s’arrêta sur une fausse note. Le sorcier venait de ressentir quelque chose. Une grande énergie qui ne lui était pas inconnue.

 

- Cette énergie… Impossible… laissa-t-il échapper de sa bouche, légèrement inquiet.

 

Il se leva et se dirigea vers les marches de pierre. En les gravissant, il passa à côté de son sous-fifre, qui le remarqua.

 

- Oh ? Vous avez un problème, Maître ? lui demanda-t-il.

 

Il continua à monter en ignorant ses paroles. Au sommet se trouvait une table de pierre sur laquelle était posés plusieurs ustensiles d’alchimie et divers ouvrages traitant de la magie noire. Il y avait aussi un trône fait d’or et de soie que le sorcier avait dérobé à un ancien roi il y a fort longtemps. Enfin, derrière ce siège, on pouvait y voir un immense cadre doré qui entourait une pierre blanche, se démarquant des murs grisâtres de la pièce. Il posa son regard sur ce dernier et claqua des doigts pour y faire apparaître une vision. Elle montrait le jeune hérisson combattre les créatures que le sorcier avait envoyées pour attaquer les habitants d’Ynis, le petit village non loin de la scène. Voir une personne tenir tête à ses monstres n’était pas ce qui le surprenait le plus. Des centaines avaient déjà tenté de lutter face à l’inévitable et ceux qui avaient réussi à les vaincre périssait de la main du jeune à la bande dessinée. Le plus inquiétant était ce que tenait l’hybride bleu dans sa main droite : l’épée au manche doré. L’arme du héros qui l’avait emprisonné autrefois. Disparue depuis un millénaire, elle était de retour pour contrecarrer ses plans. Toutefois, il y avait quelque chose de différent. Il l’examina attentivement et comprit que l’artefact n’était plus celui qu’il était auparavant. Sa puissance magique s’était beaucoup appauvrie avec le temps et il pouvait le sentir.

Le jeune faucon alla aux côtés de l’être malfaisant et posa son regard sur la vision en lui demandant :

 

- Encore un abruti qui essaye de combattre vos monstres, Maître ?

- En effet… mais, par rapport aux autres, celui-ci sort de l’ordinaire…

- Vous le connaissez ?

- Non et connaître son identité m’est complètement égal… Néanmoins, son cas risquerait de devenir gênant… Vois-tu l’épée qu’il tient dans ses mains ? Cette arme possède un énorme potentiel. Elle pourrait être capable de surpasser ma propre puissance si elle récupère celle qu’elle possédait autrefois.

- Hein ?! Mais c’est pas possible ! Y’a personne qui peut vous battre !! rétorqua le bras droit.

- Il m’a fallu des centaines d’années pour arriver à son niveau… Malheureusement, mon exil millénaire a également eu un impact sur mes pouvoirs…

- Mais comment il a eu ça, ce hérisson ?!

- L’épée choisit son Élu, dit-il en lui tournant le dos tout en s’éloignant de lui. Cela signifie que le destin a décidé de me défier une seconde fois afin que je puisse prouver que je suis enfin prêt…

 

Il sortit sa main droite de sa cape et fit apparaître une sphère noire et rouge au-dessus de la paume. Sa taille dépassait largement celle d’une boule de bowling et sa puissance pouvait en faire trembler plus d’un. Mais cela n’était rien face à ce qu’il pouvait faire par le passé, il y a mille ans de cela. Pour lui, il lui fallait encore plus. La boule disparut, laissant au sorcier la certitude qu’il n’était pas encore prêt selon son propre avis. Il bougea légèrement la tête vers l’hybride à plumes pour le regarder sans se retourner.

 

- Ce hérisson ne mérite en aucun cas que je me déplace pour que je lui règle son compte… Je te confie donc cette tâche.

- Oh ouais !! s’exclama le faucon. Ça faisait longtemps que j’avais pas tué quelqu’un, ça va me faire du bien !

- Ce serait un mensonge de dire que cela sera aisé… Cette épée possède encore assez force pour t’infliger de sérieux dégâts. Toutefois, à la vue de son style de combat assez brouillon, il semble ne pas encore maîtriser son arme à la perfection.

- Rooh, faut pas s’inquiéter, Maître !

 

Le sorcier vit son sbire s’envoler à un mètre du sol pour ensuite faire apparaître des flammes dans la paume de ses mains. Il montrait un sourire confiant à son maître.

 

- Grâce à mes ailes, il ne pourra même pas me toucher ! Je le cramerai avant qu’il puisse me dire son nom !

- … Si tu es si sûr de toi, je n’ai rien à ajouter… Pars, maintenant.

- À vos ordres !!

 

Il sortit de la salle à toute vitesse avec ses ailes, laissant le sorcier noir seul dans l’obscurité. La réussite ou l’échec de cette mission l’importait peu. Tout ce qui l’intéressait, c’était d’obtenir plus d’informations sur ce jeune garçon qui pourrait potentiellement devenir un obstacle majeur pour le bon déroulement de ses plans. Il regarda à nouveau la vision sur le mur un long moment, claqua des doigts pour la faire disparaître et descendit tranquillement les escaliers afin de quitter la grande pièce à son tour.

Quelques heures après l’affrontement, notre héros s’était rendu dans une forêt afin d’y trouver à manger, ciel étoilé au-dessus de lui. Non loin du centre, il trouva un petit étang encerclé par les arbres dont certains possédaient des fruits à leurs branches. Pensant que l’endroit était parfait pour y passer la nuit, il commença à rassembler des brindilles afin d’allumer un feu. Une fois réchauffé, il retira l’épée accrochée à sa jambe puis ses vêtements afin de s’asseoir dans les douces profondeurs humides. Tête hors de l’eau, il la pencha vers le ciel nocturne et pensa. La première chose qui lui venait à l’esprit, c’était le jour où il arriva devant l’entrée de son ancienne maison, voyant sa mère gisant sur le sol sans vie et son père assis contre un meuble, tous deux dans un piteux état. Il y avait également une grande silhouette noire aux côtés de la défunte, tenant une lame ensanglantée dans sa main droite. Son apparence était devenue assez floue dans sa tête mais il voyait encore son regard froid aux couleurs du sang. Un souvenir qui restait ancré dans sa tête depuis maintenant six ans. Jusqu’à aujourd’hui, il ne savait rien sur cet homme, que ce soit son nom ou ce qui l’avait poussé à tuer ses parents. Depuis tout ce temps, il cherchait des réponses et il allait peut-être enfin les avoir, se disait-il.

Il tourna la tête en direction de l’arme magique qui était posée contre un arbre. Elle avait un lien avec tout ça, c’était une certitude pour lui. Mais il n’avait pas pensé à lui en demander plus sur ces histoires d’Élus et de Héros Élémentaires. En fouillant un peu plus dans ses lointains souvenirs, il revit sa mère lui parler de légendes faisant référence à des héros liés à des entités divines. Il ne savait plus où elle avait pu apprendre toutes ses histoires mais cela le laissait un peu rêveur, à l’époque. Et c’était encore plus le cas lorsqu’il s’agissait d’un de ses ancêtres qui aurait fait partie de ces héros. Un chevalier dévoué à la protection de son royaume. Était-ce vrai ou faux, cela importait peu car il voulait y croire. De plus, ces hommes de légende possédaient tous une arme ou un objet qui leur aurait été offert par ces divinités. L’épée qu’il avait obtenue serait-elle l’un d’entre eux ? Peut-être même qu’elle avait été autrefois maniée par son lointain aïeul. L’esprit lui avait parlé d’un royaume, lui aussi… Serait-ce le même que celui du chevalier ? Tout concordait dans sa tête mais il faisait peut-être fausse route. Le seul moyen de le savoir, c’était d’avoir une petite discussion avec cet esprit.

Il sortit de la grande flaque, se rhabilla et se dirigea ensuite vers un pommier. Il donna un coup de pied dans le tronc et attendit tranquillement qu’un fruit tombe directement dans sa main. Malheureusement pour lui, la pomme tomba sur sa tête. Légèrement agacé, il prit la pomme et alla s’asseoir à côté de l’épée. C’est alors qu’une voix résonna dans sa tête, ce qui le surprit.

 

- Votre esprit semble ailleurs depuis un bon moment… Vous vous sentez bien ?

- Hein ? Ah euh ouais… Je me posais juste plein de questions à propos de tout ça, en fait…

- Il est vrai que nous aurions dû discuter de tout cela avant… Veuillez m’excuser, je manque à mes devoirs. Votre survie était plus importante à mes yeux.

- T’inquiète, c’est pas grave, dit le hérisson pour rassurer l’esprit.

- Soit…

 

La hérissonne fantomatique apparut en face de l’épéiste débutant.

 

- Vous pouvez me poser vos questions, je ferai tout mon possible pour vous répondre de la manière la plus claire possible.

 

En effet, des questions, il en avait. Un bon paquet, même. Mais il n’osait pas trop lui en demander non plus. Il allait falloir lui poser les bonnes questions une par une.

 

- Bon, déjà, qui es-tu ?

- Je suis l’esprit de l’Épée Légendaire du Royaume d’Onyra.

- Onyra… Comme la capitale de Modénis ?

- Modénis ? Quel est cet endroit ? demanda-t-elle intriguée.

- Bah, c’est le pays où on est.

- Nous ne sommes plus dans un royaume, à présent ?

- Nope… Il y a longtemps, ouais, mais plus maintenant. Par contre, je sais pas grand-chose sur l’histoire du pays, désolé.

- Je vois… Il va falloir que vous m’en appreniez plus sur le monde d’aujourd’hui… Cela fait mille ans que je n’ai pas pu le voir évoluer. Votre tenue m’avait d’ailleurs quelque peu choquée, quand je vous ai vu…

- Ouais, j’imagine bien… J’ferai en sorte que tu sois à jour.

- Je vous en remercie. Enfin, je suppose que vous vouliez en apprendre plus sur mes origines en tant qu’épée, c’est cela ?

- Surtout, ouais.

- En réalité, je suis un Artefact Runique. Un objet créé par les Runes Élémentaires. Ces dernières sont des pierres divines contrôlant les éléments dans l’Univers tout entier. Sans ces pierres, les éléments n’existeraient tout simplement pas. D’ailleurs, vous devez savoir que n’importe qui ne peut utiliser un Artefact comme bon lui semble. Les personnes qui en sont capables sont appelés « Élus Élémentaires ».

- Et je fais partie de ces personnes, c’est ça ? demanda-t-il en mangeant sa pomme.

- Exactement. Les Élus sont des personnes choisies par les Runes afin qu’ils accomplissent des missions en leur nom afin de préserver l’équilibre de l’Univers.

- Et la mienne, c’est de vaincre le mec qui a buté mes parents, c’est ça… ?

- Oui… Un sorcier maléfique vieux de plusieurs centaines d’années… Nécro, le Sorcier Noir. Cet homme a longtemps assassiné de nombreuses personnes pour récolter leur énergie vitale. Il se servait de cette énergie pour augmenter sa puissance petit à petit. Sa soif de pouvoir est incommensurable… Si nous ne faisons rien, il nous éliminera tous et pourra créer le Monde Parfait qu’il désire tant en détruisant le nôtre par la même occasion.

- Il est si fort que ça… ? demanda le hérisson, mal à l’aise.

- Autrefois, il pouvait détruire un royaume entier en quelques minutes… Il n’avait aucune pitié face à ses victimes… On retrouvait souvent leurs corps méconnaissable ou en plusieurs morceaux après son passage… si nous retrouvions les corps…

 

L’esprit avait laissé plusieurs instants silencieux dans sa réponse. Elle serrait les dents et les poings, montrant sa haine envers cet homme. Le hérisson se doutait bien que le Mal dont elle parlait plus tôt était puissant mais il ne pensait pas que c’était à ce point terrifiant. Il ne comprenait pas pourquoi il avait été choisi pour affronter un tel ennemi, lui qui n’avait rien de particulier. Il ne savait utiliser la magie et il n’était pas un expert pour le combat à l’épée. Ses domaines de prédilection n’étaient que la bagarre de rue et la fuite, choses qu’il avait améliorées avec le temps pour pouvoir survivre. Malgré cela, il pensait que d’autres personnes auraient dû être choisies à sa place.

La hérissonne parla à nouveau :

 

- Vous ne devez pas douter de vos capacités, Maître.

- C-Comment tu as su que… ?

- Vous êtes un Élu et je suis votre Artefact, votre épée mais surtout votre guide pour votre quête. Notre lien magique me permet de communiquer avec vous par la pensée mais également d’écouter vos pensées. Quoi qu’il en soit, vous n’avez rien à craindre à cause de votre manque d’expérience. Les Élus ne sont pas choisis en fonction de leur force physique ou magique. Ils sont choisis car le destin l’a décidé ainsi.

- Du coup, ça veut dire que je pourrais le battre un jour, ce Nécro ?

- Il y a de fortes chances, oui.

 

Il fut légèrement rassuré, reprenant peu à peu confiance en lui. Puis, une autre question lui vint à l’esprit.

 

- Mais au fait… Pourquoi il s’en est pris à mes parents ? Il a juste pifé une maison comme ça pour tomber sur nous ?

- Je ne pense pas… À force d’accumuler de la puissance grâce à sa récolte, il a développé une certaine fierté, considérant les êtres plus faibles que lui comme des insectes négligeables, si je reprends ses propos…

- Mais alors, pourquoi il s’est déplacé pour eux ?

- Vos parents possédaient quelque chose que Nécro doit détester aujourd’hui… et vous le possédez également… Il s’agit de votre nom.

- Mon… nom… ? répéta-t-il, perdu.

- C’est très simple… Celui qui a combattu puis enfermé cet être démoniaque il y a de cela un millénaire n’est autre que votre ancêtre Mikaeru Valdera, chevalier de l’ancien Royaume d’Onyra. Il était également mon premier maître…

 

Son intuition ne s’était nullement trompée. L’homme de l’histoire que sa mère lui racontait étant petit et celui qui avait affronté le sorcier noir autrefois étaient une seule et même personne. Pour lui, ce n’était plus une affaire personnelle mais une affaire de famille.

 

- Je suppose que Nécro a décidé de se venger en éliminant les descendants de Mikaeru, reprit la jeune fille. Une telle réaction ne lui ressemble pas…

- P’têt mais il va regretter d’en avoir oublié un.

- En effet… mais n’oubliez pas une chose. Le plus important n’est pas de venger la mort de vos parents mais d’éviter que cela se reproduise à nouveau. Si des innocents sont menacés, nous devons tout faire pour les sauver. La vengeance ne doit pas vous aveugler.

- Ouais ouais, t’inquiète, je gère, assura-t-il, sans convaincre l’esprit pour autant.

- Est-ce que tout est clair pour vous, Maître ?

- Pas encore, nan…

- Qu’y a-t-il ?

- En fait, j’aime pas trop quand tu m’appelles « Maître » et tout… Est-ce-que tu pourrais pas me parler comme si j’étais quelqu’un de normal ?

- Vous voulez que… je vous tutoie ? demanda-t-elle, gênée.

- Je préfère, ouais. J’aurais sans doute plus confiance en toi, comme ça.

- Comme vous vou… Comme tu voudras, Micku…

- D’ailleurs, tu n’as pas un nom, toi aussi ? Je vais pas t’appeler « Épée » ou « Machin » tout le long, ça serait complètement con.

 

Elle avait tourné son regard dans le vide au beau milieu de sa question. Le hérisson pensa que cette question l’intimidait un peu plus. Pour se rattraper, il ajouta :

- Après, si tu n’en as pas, c’est pas grave, tu sais ? On peut toujours t’en trouver un.

- Si, j’ai un nom…

 

Elle hésita encore un peu avant de lui répondre.

 

- Natalia… Tu peux m’appeler Natalia.

- Ok. J’aime bien ce nom. Bon bah, moi, je suis crevé…

 

Il finit sa pomme et jeta le trognon dans l’eau avant de s’allonger complètement sur le sol, laissant l’épée à ses côtés. L’esprit lui souhaita une bonne nuit avant de disparaître et il s’endormit peu à peu…

Le lendemain matin, après avoir effacé les traces qu’il aurait pu laisser dans la forêt, il reprit son voyage en suivant la direction du vent, comme à son habitude. Une fois proche de la lisière, il entendit un bruit de moteur s’approchant de lui. En regardant à travers le feuillage, il vit une voiture verte passer à toute vitesse. Il le traversa pour arriver à la bordure du chemin de béton. Il se dépêcha d’aller de l’autre côté pour un autre trajet fait de petites pierres blanches. Cela devait sans doute être la route réservée aux piétons, pensa-t-il. Il remarqua rapidement un petit panneau indiquant deux directions. S’il décidait de partir par la gauche, il retournerait à Ynis, ce qui n’avait pas grand intérêt pour lui. Il lit donc l’autre proposition. « Atagnan – 15km – ~2h30 ». Voici donc sa prochaine destination !

Il marcha une heure sans s’arrêter, ne rencontrant rien de spécial sur son chemin, si ce n’est deux conducteurs qui se disputaient car ils s’étaient rentrés dedans à un croisement, ce qui n’avait rien d’anormal en soi. Néanmoins, la voix de Natalia résonna dans sa tête, l’arrêtant net.

 

- Micku, je sens une énergie maléfique non loin d’ici…

- Hein ? Où ça ?

- Attends que je trouve la position exacte… Oh non… ! Micku, une autre forêt se trouve à l’est de notre position ! Celle-ci est en flammes et d’autres personnes s’y trouvent !!

 

Il leva immédiatement la tête vers la direction indiquée et remarqua l’immense fumée noire à l’horizon, chose qu’il n’avait pas aperçu pendant sa marche. Sans hésiter, il se mit à courir afin de tenter de sauver ces gens en danger.

Publié dans:Modern Knight |on 12 mai, 2015 |Pas de commentaires »
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