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Aventures : Réputation – La Montagne aux Merveilles

Aventures : Réputation - La Montagne aux Merveilles N0C4FKp

Avant de commencer à lire ce texte, j’aimerais vous expliquer pourquoi je l’ai écrit exactement. Tout ceci est parti d’une simple idée qui m’est venu en regardant rapidement des textes sur Aventures :

« Et si, au lieu de parler directement des personnages principaux d’Aventures, on ne faisait pas plutôt un texte parlant des conséquences de leurs actes ? »

Et donc, au lieu de laisser cette idée disparaître, je me suis dit que j’allais le faire. De plus, je voulais également me donner comme contrainte de faire une histoire qui pourrait se placer dans l’histoire principale sans qu’elle ait d’incidence sur cette dernière. Du coup, j’ai créé un village et des personnages pour le One Shot mais leur existence n’a pas d’importance par rapport à l’aventure des héros. Après, Mahyar peut toujours les utiliser ou non, c’est pas important. :’D
Voilà, maintenant que vous êtes prévenus, bonne lecture !

PS : Ce One-shot n’apporte aucune réponse en ce qui concerne l’état d’une quelconque petite fille qui aurait pu rencontrer un bouclier de très près.


Cela ne faisait que quelques semaines que les évènements de la Cité des Merveilles s’étaient déroulés. Pour les habitants de la région, ceci n’avait duré que quelques secondes mais ils savaient très bien que cela allait les marquer pendant des années. Après tout, voir une montagne s’écrouler sur elle-même n’était pas un spectacle que l’on pouvait voir tous les jours. Une partie du public qui était aux premiers rangs se trouvait dans un village, situé à quelques lieux de ces ruines. Par rapport à la défunte cité, Fièreclaire était tout à fait banal. Les paysans qui y vivaient étaient presque coupés du monde à tel point que certains ne savaient même pas qu’il pouvait exister un tel endroit sous l’énorme masse rocailleuse, l’apprenant enfin lors de la chute de cette dernière. À vrai dire, depuis cet événement, il n’y avait plus aucun paysage à contempler, ce qui fit que le nombre de voyageurs traversant le village avait baissé alors qu’il se trouvait déjà à un faible niveau. Néanmoins, certains misanthropes trouvaient que cela était plutôt positif, eux qui cherchaient surtout le repos et la tranquillité, même si, au final, ce problème avait légèrement altéré cette ambiance paisible. Enfin, assez parlé de ce trou perdu, concentrons-nous sur l’intrigue de ce One-Shot, voulez-vous ?

Lors d’une nuit d’orage, un jeune homme encapuchonné arriva à l’entrée de Fièreclaire. Le vent soufflait avec une telle violence qu’il devait garder sa cape autour de lui pour ne pas qu’elle s’envole. La pluie s’était abattue sur ces terres si brusquement qu’il n’avait pas su se préparer convenablement. Il avait trouvé le vêtement marron qu’il serrait contre lui accroché à une branche d’arbre. Cela le gênait de prendre quelque chose qui ne lui appartenait pas mais, à la vue de ce temps si déplorable, il n’avait pas vraiment le choix. Il continua de traverser péniblement la petite bourgade tout en cherchant un lieu où il pourrait se mettre à l’abri. Sa recherche fut interrompue par le cri d’un animal. Il tourna sa tête vers cette petite voix et vit un chat gratter à la porte d’une maison tout en miaulant. Le félin semblait assez apeuré à cause de la tempête, ce qu’il fit qu’il insista un peu plus avec ses pattes. Le voyageur remarqua que le bâtiment était en réalité une auberge. Quelle aubaine, lui qui avait besoin d’un coin chaud où il pourrait se restaurer et dormir. Il s’approcha de l’entrée et la petite boule de poil le sentit venir. Au lieu de fuir à la vue d’un inconnu pour se cacher, il l’interpella pour qu’il puisse lui ouvrir l’accès. Le jeune homme encapuchonné poussa la porte et entra avec le chat à ses côtés.

L’auberge était assez animée en cette soirée de tempête. Une bonne dizaine de personnes buvaient et riaient en petits groupes, chacun à une table. Il y avait également un barde qui jouait de la flûte afin de mettre une ambiance plus chaleureuse. Mais malgré cela, le voyageur sentait qu’il n’était pas le bienvenu. Trois hommes assis au niveau du comptoir le fixaient avec un regard qui brisait la convivialité que l’on pouvait ressentir auparavant. Cette oppression visuelle le força à chercher une table vide afin de ne pas les déranger. Malheureusement, le hasard en avait décidé autrement.

 

- Oh, Prunny !

 

Une jeune femme qui se tenait debout derrière le comptoir venait de remarquer le petit chat qui était rentré en même temps que le jeune homme à cape marron. Lorsqu’il entendit son nom, il courut jusqu’à sa maîtresse pour recevoir quelques caresses sur le dos.

- Dieu soit loué, tu vas bien ! Quand la tempête avait commencé, je m’inquiétais tellement pour toi !

Son animal de compagnie lui répondit en ronronnant avec amour. Elle comprit quelques secondes après qu’elle avait un nouveau client dans son auberge qu’elle invita à venir d’un geste de la tête. Il tourna légèrement la tête vers le groupe peu accueillant et vit que l’un d’eux lui lançait un regard de tueur sanguinaire. Ce dernier était un vieux chauve avec une barbe grise dont la saleté s’était auto-proclamée propriétaire de cette résidence velue. Petit à petit, il commença à être effrayé par les trois hommes et il n’osait pas s’approcher de la fille. Mais elle insista encore plus en laissant apparaître un magnifique sourire sur son visage. Ne voulant pas la blesser, il prit son courage à deux mains et se décida enfin à aller lui parler. Une fois devant elle, il n’était plus qu’à un mètre de ses oppresseurs. Il remarqua néanmoins que la jeune demoiselle semblait avoir le même âge qu’elle, c’est-à-dire dans la vingtaine. Elle aussi fit attention à ce détail, ce qui l’encouragea à ouvrir la conversation de façon amicale :

 

- C’est toi qui a retrouvé mon petit Prunny ?

- Euh, en fait… Quand je suis arrivé dans le village, je l’ai entendu miauler quand je cherchais un endroit pour m’abriter. Il était en train de gratter à la porte quand je l’ai vu.

- Je vois ! C’est vrai qu’avec tout ce bazar, je n’arrivais plus à attendre ce qui pouvait se passer dehors… à part la tempête, bien sûr ! En tout cas, merci à toi !

 

Le sourire de la brune était encore plus radieux qu’avant, ce qui intimida de plus en plus le voyageur châtain. Alors qu’il ne voulait pas rester une minute de plus près du comptoir, il changea rapidement d’avis, préférant continuer de discuter avec elle. Il la regarda câliner un peu plus le chaton couleur crème un court instant avant de lui demander :

 

- Et du coup… c’est toi qui t’occupe de cette auberge ?

- Oui ! Enfin, pas toute seule, bien sûr. En vérité, j’aide mes parents, c’est leur auberge. Je fais parfois à manger mais je sers surtout les gens. On peut dire que je suis la serveuse en chef !

- Ah d’accord, je vois…

- Au fait, je m’appelle Lesnie ! Et toi, c’est quoi, ton nom ?

 

Ses yeux verts étaient emplis d’intérêt envers son nouvel ami, ce qui la rendait encore plus belle qu’avant, d’après ce dernier, plus timide que jamais.

 

- Je… Je m’appelle… Wiver…

- Enchantée, Wiver ! Bienvenue à Fièreclaire !

 

Son animal de compagnie accompagna ses salutations avec un léger miaulement, ce qui fit rire sa maîtresse. Elle posa ensuite son regard sur Prunny et laissa apparaître une étrange d’expression sur son visage. Ses yeux semblaient tristes mais ses lèvres étaient heureuses. Cela fit naître de nombreuses interrogations dans la tête de Wiver.

 

- Tu sais, j’adore ce métier, dit-elle avec une voix douce et sereine. Il me permet de rencontrer des gens formidables avec qui je peux discuter, de leur redonner le sourire quand ils ont des soucis… J’ai toujours voulu aider les gens pour qu’ils soient tous heureux, malgré tout ce qui peut leur arriver. En plus, je peux rester auprès de ceux que j’aime… auprès de ceux qui me rendent heureuse…

 

Le jeune châtain ne savait plus quoi répondre face à ça. Il se sentait même mal à l’aise devant cette confession. Il n’avait d’ailleurs pas besoin de tourner la tête pour comprendre que le vieil homme le transperçait un peu plus avec son œil droit. Il savait que tout ceci n’était aucunement de sa faute mais il ne pouvait s’empêcher de se sentir responsable.

 

- Oh mais, j’y pense ! s’exclama-t-elle avec un sursaut, qui fut accompagné par celui du voyageur. Tu dois venir de loin et le voyage a dû être difficile, surtout avec cette tempête ! Tu dois avoir faim maintenant, non ?!

- Oui, c’est vrai… Je n’ai pas mangé depuis hier soir, en plus. Et encore, je n’ai mangé qu’une pomme…

- Vraiment ?! Mais tu dois être énormément affamé, alors ! Va t’asseoir à une table, je vais te préparer quelque chose à manger !

 

Elle se précipita dans la pièce qui se trouvait derrière elle pendant que Wiver alla s’installer à une place vide un peu plus éloignée, située dans un coin de l’auberge. En se posant sur son banc, il s’aperçut que le comptoir était encore dans son champ de vision. Cela allait lui permettre de voir quand Lesnie allait revenir lui apporter de quoi enfin se restaurer. En observant l’endroit de loin, il remarqua quelque chose d’étrange : les trois hommes avaient disparus de leurs tabourets. Avaient-ils quitté l’auberge pendant qu’il avait le dos tourné ? S’étaient-ils tous installés à une table vide qu’il n’avait pas vu ? Pour lui, peu importe où ils pouvaient se trouver tant qu’il pouvait enfin respirer sans qu’on lui lance des éclairs d’un simple regard. La seule chose qui le dérangeait depuis qu’il était assis était une odeur assez nauséabonde. Néanmoins, le voyage avait été long et pénible et c’était bien la raison pour laquelle il voulait pouvoir se reposer tout en restant tranquille. Ce n’était vraiment pas le moment de chercher les ennuis avec des inconnus. Vraiment pas…

 

- Qu’est-ce-que t’essaye de faire, gamin… ?

 

Il sursauta lorsqu’il entendit cette voix sèche lui parler dans le creux de l’oreille et se retourna aussitôt après. Lui qui pensait enfin avoir la paix, ce trio semblait bien décider à ne pas lui laisser au point de le suivre discrètement quand il était parti s’installer ailleurs. Il comprit que la mauvaise odeur venait en réalité du vieillard barbu et un sentiment de malaise se créa à nouveau en lui. Celui qui venait de lui parler était un homme brun qui devait avoir la quarantaine. Wiver n’avait vraiment pas envie de discuter avec lui mais il ne lui laissa pas le choix en reprenant :

 

- Tu crois que tu peux te permettre de draguer la fille d’l’aubergiste parce qu’elle t’connait pas ?

- … Pardon ? laissa échapper le jeune homme, perdu.

- Ouais, on t’a bien vu depuis tout à l’heure ! s’exclama le dernier du trio. Tu profites de la gentillesse de la d’moiselle pour t’la mettre dans la poche !

- Mais c’est absolument faux !

- C’est ça, fais mine de n’avoir rien fait mais ça marchera pas avec nous, gamin…

- Alors, déjà…

 

Il fut interrompu par le vieil homme qui approcha son visage brusquement vers le sien pour lui jeter le même regard que tout à l’heure. Ils étaient si proches l’un de l’autre qu’il pouvait sentir le parfum de l’alcool sortir de ses narines, ce qui le déstabilisa encore plus. Des perles de sueur se formèrent petit à petit sur son front et glissèrent lentement le long de ses joues. Soudainement, le vieillard lui hurla quelque chose d’incompréhensible. À priori, cet homme avait oublié comment parler correctement… du moins, c’était ce que Wiver avait pensé en voyant cela. Devant une telle folie, il se décala légèrement à l’autre bout du banc mais le plus jeune d’entre eux l’attrapa par la cape.

 

- Qu’est-ce qu’il y a, étranger ? Grand-père t’effraie ? Tu t’es fait dessus ? Tu as besoin de te changer, peut-être ?

- Mais vous allez me laisser tranquille, au bout d’un moment ?! s’écrit-il en dégageant la main de son interlocuteur.

- Oh ! Mais c’est qu’il sait se défendre, le petit, en fait… Il est assez grand pour ne pas avoir besoin d’aide…

 

Depuis cet instant, la musique dans la pièce s’était brusquement arrêtée. Le voyageur regarda autour de lui et il vit que tout le monde était en train de les observer. Il pouvait à la fois lire l’inquiétude chez certains et l’impatience chez d’autres, comme si tout ceci n’était qu’en fait un bête spectacle pour le divertissement. Heureusement, s’il devait en venir aux mains, il savait se défendre. Dans un monde comme celui-ci, si quelqu’un voulait entreprendre un voyage comme le sien, il fallait être capable de repousser une quelconque attaque de bandits. Par conséquent, maîtriser trois hommes complètement ivres n’était pas une chose insurmontable pour lui. Mais Wiver était une personne qui préférait éviter le conflit le plus possible, surtout quand il n’a pas lieu d’être comme c’était le cas à ce moment-là.

Le vieux fou, qui avait gardé sa chope dans sa main, avala son contenu cul sec avant de frapper la table avec. Elle se brisa et le plus gros morceau atterrit en face d’une paysanne qui hurla de terreur devant la scène. Lorsque ce cri vint frapper le tympan du vieillard, il en poussa un autre encore plus puissant.

 

- Mais vous êtes complètement fou !! s’exclama le jeune homme.

- Fais gaffe, étranger, dit le quadragénaire d’un ton sec, mon père a tué des gens comme toi pour moins que ça…

- Bon sang, quand est-ce que vous allez me laisser tranquille ?! Depuis que je suis entré dans cette auberge, vous n’avez pas arrêté de me fixer du regard comme si je vous avais fait quelque chose ! Je ne vous connais même pas alors fichez moi la paix, à la fin !

- Tu es un étranger, ça nous suffit comme raison… Nous, on aime pas les étrangers, ce sont toujours des sources de problème.

- C’est à cause d’étrangers comme toi que Grand-père est dans cet état. Si seulement il ne s’était pas aventuré seul vers cette montagne maudite…

- Tout ce qui est arrivé concernant cette montagne, c’est à cause de ce groupe d’aventuriers… Sans eux, tout irait parfaitement bien ! Et c’est justement pour ça que nous avons toujours détesté les étrangers ! Demi-élémentaire, nain, elfe, humain, qu’importe leurs natures, tous les étrangers sont des problèmes !!

- Vakus !

 

Cette voix excessivement grave, qui semblait venir du comptoir, avait réussi à effrayer le trio. Wiver se retourna et il vit un homme barbu assez imposant approchant les cinquante ans, regardant dans leur direction. Vu les deux cicatrices qu’il avait le long de sa joue gauche et au niveau de l’œil droit, le jeune homme pensa qu’il s’agissait d’un vieux guerrier à la retraite. Il remarqua également que Lesnie regardait la scène en cachette, laissant l’inquiétude apparaître sur son doux visage. La montagne de muscle se déplaça dans leur direction et tout le monde le regarda, attentifs. Une fois en face du fameux Vakus, il reprit sa voix autoritaire :

 

- Vous osez recommencer avec vos histoires ? Ne vous ai-je pas dit de ne plus terroriser les voyageurs ?

- M-M-Mais Seigneur Saurot…

- Je n’ai que faire de ce que vous pourriez me dire. Les gens viennent ici pour se restaurer dans la bonne humeur et, à chaque fois, vous gâchez cette ambiance. Je commence à en avoir assez de vous reprendre…

- P-Pardonnez nous, Seigneur Saurot… S’il vous plait…

- Sortez ici, exigea-t-il en ignorant leur demande. Je ne veux plus voir vos gueules d’alcooliques avant un bon moment.

 

Le jeune aventurier n’arrivait pas à en croire de ses propres yeux. Alors qu’ils jouaient les durs avec lui il y a quelques minutes, les voilà tous avec un air de chien battu. L’un après l’autre, ils sortirent dehors pour retrouver la violente tempête qui les encouragea à accélérer le pas pour rentrer chez eux. Une fois que les gêneurs étaient partis, le vieux guerrier regarda le joueur de flûte et fit un geste de la main pour lui ordonner de reprendre sa mélodie. Il s’exécuta sans broncher et tout le monde retourna à ce qu’il faisait, comme si de rien était. Wiver était impressionné face à cet homme. Ce dernier se tourna vers lui et lui demanda :

 

- Vous allez bien ? Ils ne vous ont pas trop effrayés ?

- Je… Je vais bien, merci… répondit-il, légèrement intimidé. Enfin, même si j’aurais pu me défendre seul, je dois avouer qu’ils m’ont fait peur par moment…

- Ne faites pas attention à ces trouducs, ils ne le méritent même pas.

 

Pendant que son sauveur s’installa en face de lui, le jeune homme se remit correctement sur son banc. Ses yeux se perdirent à nouveau en direction des cuisines où ils purent retrouver sa nouvelle amie lui offrir un sourire rassuré avant de repartir à ce qu’elle était en train de faire.

 

- C’est elle qui m’a demandé d’intervenir, souligna Saurot.

- Quoi ?

- Quand la musique s’est arrêtée, elle est allée voir ce qu’il se passait. Elle vous a vu en difficulté et a commencé à s’inquiéter.

- Elle n’aurait pas dû, on se connaît à peine…

- C’est dans sa nature. Elle veut toujours venir en aide aux inconnus tant qu’elle sent de la gentillesse dans leur cœur. C’est un comportement assez naïf, je le conçois mais que voulez-vous…

 

Lesnie arriva vers eux à l’instant où le vieux guerrier termina sa phrase. Elle tenait un plateau avec deux chopes de bière posées dessus qu’elle laissa sur la table, entre les deux hommes.

 

- La petite naïve a pensé que ces messieurs avaient besoin de quelque chose pour se désaltérer.

- C’est vrai qu’il commençait à faire soif, par ici. Merci, petite naïve, déclara Saurot sur un ton humoristique.

- Hi hi ! Quant à toi Wiver, ton repas sera prêt dans dix minutes !

- D’accord, merci à toi, Lesnie.

 

Elle laissa les deux hommes de générations différentes discuter ensemble. Le jeune voyageur avait quelques questions en ce qui concernait la personne qu’il avait en face de lui. Sans hésitation, il se lança :

 

- Pardonnez-moi si je vous demande cela que maintenant mais… qui êtes-vous, exactement ? J’ai cru comprendre que vous étiez un seigneur, c’est bien cela ?

- Oubliez ce titre, je n’ai rien d’un seigneur, dit-il avec de la mousse sur sa barbe. Il n’y a que Vakus et sa famille qui m’appellent de cette manière.

- Par respect ou par crainte ?

- Sans doute les deux… Enfin, j’ai oublié de me présenter avec tout ça, c’est vrai. Je me nomme Saurot, comme vous avez pu le constater. Je suis un vieil homme qui souhaite passer le reste de sa vie au calme… Comme vous voyez, avec ces idiots, ce n’est pas facile.

- Oui, j’avais cru comprendre cela, en effet…

- Et vous ? La petite m’a dit que vous vous appeliez Wiver… mais vous venez d’où, exactement ?

- De Rochevert, un village qui se trouvait à l’autre bout de la contrée. Mais il a été détruit il y a des années… Une nuit, des bandits nous ont attaqués alors que tout le monde dormait. Ils ont mis le feu, ont massacré la plupart des habitants, nous ont pillés au passage et d’autres choses horribles. Mes parents se sont sacrifiés pour que nous puissions fuir, mon frère et moi.

- Je vois. Et maintenant, vous voyagez seul, si je comprends bien… et pour quelle raison ?

- Le voyage en lui-même, en priorité. J’avais envie de voir de nouveaux horizons, de rencontrer de nouvelles têtes…

- Et vous venger de ces bandits, j’imagine.

- Si l’occasion se présente… mais pour le moment, je suis seul, alors, je ne peux pas me permettre de sauter dans la gueule du loup si facilement.

- Vous êtes jeune mais prudent. Face à une grande armée, la plupart des gens fonceraient tête baissée sans protection et avec seulement une épée pour se battre. Seuls les chanceux pourraient survivre.

- Et je n’ai pas envie de mourir à cause de la vengeance, dit-il avant de boire une gorgée.

- Vous avez bien raison. Même si cela laisse rêveur, les aventures sont dangereuses. Si vous n’êtes pas préparé, vous aurez peu de chances de survivre. Enfin, vous savez déjà tout cela…

 

Le silence reprit sa place dans la conversation. Ne savant plus quoi rajouter, les deux hommes se contentèrent de finir leurs bières en même temps. En fixant la chope vide de Saurot, Wiver se rappela du grand-père complètement fou qui lui avait hurlé dessus à plusieurs reprises. Le guerrier retraité devait en savoir plus par rapport à ce qu’il lui était arrivé. Il lui posa donc la question :

 

- Dites-moi, Saurot… Qu’est-il arrivé au vieil homme de tout à l’heure, au juste ? D’après son fils, cela serait arrivé à cause de cet événement… Celui de la Montagne des Merveilles, je veux dire.

- C’est simple : il a pu voir la montagne s’écrouler sur elle-même. Et depuis ce jour, il a perdu la raison. Après, c’est ce que dit sa famille… Personnellement, je l’ai toujours trouvé fou à lier…

- Ils ont également parlé d’un groupe d’aventuriers… Vous pouvez m’en parler plus ?

- Ce ne sont que des rumeurs… D’après certains, une poignée de personnes serait entrée dans la montagne et elle s’est écroulée une fois qu’ils en sont sortis. Les rumeurs disent également que, depuis ce jour, cet endroit serait hanté par un fantôme attaquant les voyageurs avec une lumière éblouissante… Quelles conneries…

- Vous ne les croyez pas ?

- Écoutez, mon garçon… Il y a deux choses que je ne déteste absolument : les rumeurs et les vieux cons.

 

Wiver pensa que cela été assez original venant d’une personne qu’il pouvait également qualifier de la sorte.

 

- Je sais ce que vous pensez, reprit Saurot, c’est un comble venant d’un vieux con comme moi.

- J-Je suis désolé, murmura le voyageur, légèrement honteux.

- Au moins, vous avez le cran de le penser, jeune homme.

- Mais je voulais savoir… Que pensez-vous de tout cela ? Vous avez bien un avis sur toutes ces rumeurs, non ?

- Ce que je n’aime pas avec les rumeurs, c’est qu’on peut inventer n’importe quelle histoire farfelue avec. Mais ça ne veut pas dire qu’elles sont fausses pour autant. Il y a une part de vérité dans chacun d’entre elles, croyez-moi, j’en ai vu assez dans ma vie pour le dire.

- Vous ne répondez pas vraiment à ma question… Je vais la reformuler. D’après vous, qu’est-ce qu’il s’est passé ce jour-là ?

- Plusieurs personnes ont vu ce fameux groupe d’aventuriers et les descriptions concordent toutes.

 

Il essaye de boire une autre gorgée de sa bière mais il se souvint qu’il venait de la finir à l’instant. Le jeune homme fit mine de n’avoir rien vu et le laissa reprendre.

 

- Il y aurait eu un chevalier, voire un paladin qui brillait comme une étoile dans la nuit, un nain avec un bras mécanique accompagné d’un loup blanc portant sur lui d’étranges symboles, un archer dont on voyait à peine le visage et un mage portant une longue robe rappelant les flammes de l’Enfer. Et avec ces quatre personnes, il y avait un homme au teint pâle et aux longs cheveux noirs. Si j’en crois cette description, il devait s’agir de l’intendant Brag… mais je peux me tromper.

- Et ensuite ?

- Tous ceux qui ont pu les croiser les ont vu se diriger vers cette montagne. Et quelques heures après, vous savez ce qu’il s’est passé. Tout porte à croire qu’ils sont en partie liés à tout ça… et c’est sans doute vrai, effectivement. Malgré ça, je pense qu’il y a quelque chose que nous ne savons pas et qui expliquerait ce qu’il s’est vraiment passé.

- Que voulez-vous dire ?

- Cela m’étonnerait fortement que seulement cinq personnes puissent faire écrouler une si grande montagne. Quelque chose de plus puissant a dû provoquer tout ce bazar… Sans doute quelque chose qu’ils ont combattu. Moi qui suis un vieil aventurier, j’en ai vu des choses improbables donc, je m’attends à tout… Mais à mon avis, tout ceci n’annonce rien de bon. Quand ils ont vu la montagne s’écrouler, les gens ont hurlé que c’était la fin du monde… ils n’étaient peut-être pas si loin de la vérité, en fin de compte…

 

Même s’il ne le voulait pas, Wiver se sentait forcé de rejoindre l’avis de cet homme. Ce qui s’était passé ce jour-là n’était peut-être qu’un avant-goût de ce qu’il pourrait se passer par la suite. Il se pouvait également qu’il ne se passe plus rien par la suite. Mais pour obtenir toutes ces réponses, il aurait fallu avoir les concernés dans la même pièce, ce qui n’aurait pas pu être possible vu la réputation qu’ils pouvaient avoir dans cette région. Pour le voyageur, l’ignorance était la situation la plus sûre parmi les autres.

Saurot ajouta une dernière chose :

 

- Vous savez… si par hasard, ces aventuriers devaient passer à nouveau par ici, je serais le premier à leur ouvrir ma porte… par nostalgie.

- Nostalgie ?

- Je suis un vieil aventurier et je sais très bien à quel point tout ceci peut être à la fois enrichissant et insupportable. Par conséquent, s’ils ont besoin de mon aide à l’avenir, j’accepterai, par solidarité entre compagnons. Enfin, je ne me fais pas non plus d’illusions, cela m’étonnerait qu’ils repassent par là…

 

Il se leva et adressa un dernier regard au jeune homme.

 

- Bien, je vais vous laisser vous reposer. Vous devez avoir faim et j’imagine qu’entendre les histoires d’un vieil homme ne vous intéressent pas plus que ça.

- Vous vous trompez, rétorqua Wiver, j’aime écouter les gens me conter leurs vieilles aventures, au contraire.

- Peut-être une autre fois, alors… Passez une bonne nuit, jeune homme.

 

Il posa quelques pièces d’or à côté de sa chope vide et sortit enfin de l’auberge. Quelques minutes plus tard, Lesnie revint avec un bol de ragoût de lapin qu’elle posa en face du voyageur. Il la remercia d’un geste de la tête et elle lui répondit avec un sourire avant de repartir avec la chope et l’argent de Saurot. Alors qu’il s’apprêta à manger son délicieux repas, Prunny sauta sur la table et commença à renifler la viande. Wiver repoussa légèrement l’animal mais ce dernier devint plus insistant en miaulant à plusieurs reprises. Pour rester tranquille, il lui donna un morceau et le chat partit pour savourer seul dans son coin. Il rit et put enfin profiter d’un savoureux dîner, quelque chose qu’il n’avait pas pu faire depuis plusieurs jours…

Publié dans:Non classé |on 17 octobre, 2015 |Pas de commentaires »

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